Les rebelles faussent le jeu électoral
Mais, malgré cette fraude à grande échelle et à visage découvert, les premiers résultats qui tombent sur le bureau de la Commission électorale indépendante (Cei) donnent Laurent Gbagbo largement en tête. Cette fraude, faut-il le rappeler, a été largement dénoncée par l’ensemble des observateurs internationaux, en dehors de ceux de l’Union européenne. Au nombre de ces rapports, celui des observateurs commis par l’Union africaine conduits par l’ancien Premier ministre togolais Joseph Kokou Kofigoh. Ce rapport indiquait clairement que le jeu électoral avait été totalement faussé dans le nord du pays et qu’il importait que les institutions en charge des élections en tiennent compte. A mesure que la Cei annonçait les résultats qui tombaient sur son bureau, l’écart se creusait entre le président Gbagbo et Ouattara. C’est alors que la panique gagne le Rhdp, la coalition qui soutenait le candidat du Rdr et de la rébellion. Cette coalition met alors en branle sa machine de fraude au sein de la Cei sous la houlette de Bamba Yacouba, porte-parole de ladite institution.
Alors que le règlement intérieur de la Cei exige que les résultats qui tombent sur le bureau doivent être consolidés par l’ensemble des commissaires avant d’être rendus publics sur les antennes de la télévision nationale, le sieur Bamba Yacouba va s’évertuer à publier des résultats à l’insu des autres commissaires. Bien évidemment, ces résultats sont manipulés au profit de Ouattara. Interpellé la première fois par ses collègues, Bamba Yacouba se confond en excuses et jure de ne plus recommencer. L’on croyait alors qu’il s’était assagi. Que non ! Le lendemain, il reprend sa basse manœuvre.
Youssouf Bakayoko met le feu et se met à l’abri en France
Mais, au moment où il s’apprêtait à diffuser d’autres résultats frauduleux non consolidés par l’ensemble des commissaires, il est pris la main dans le sac par deux de ses collègues : Damana Pickas et Tokpa Veh. Ces derniers l’en empêchent et lui arrachent devant les cameras la copie des résultats frauduleux qu’il voulait diffuser. Nous sommes alors le mardi 30 novembre 2010, avant dernier jour du délai constitutionnel imparti à la Cei pour proclamer les résultats provisoires. En effet la Constitution indique donne trois jours francs à la Cei pour donner les résultats provisoires. Faute de quoi elle transmet le dossier au Conseil constitutionnel, juge de l’élection présidentielle. C’est à cette institution seule que revient le droit de donner les résultats définitifs après examen des éventuelles réclamations des candidats.
Le mercredi 1er décembre 2010, à 23h 45, le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, apparaît sur les écrans de la télévision nationale. Il donne quatre informations majeures : il annonce que l’incident provoqué la veille par le sieur Bamba Yacouba est clos ; que les travaux de la Cei vont reprendre. Que son institution était incapable de proclamer les résultats provisoires parce qu’elle n’avait pas encore achevé le regroupement des résultats venant de l’intérieur du pays et de l’étranger. Enfin, et surtout, M. Bakayoko déclare avec fermeté «n’avoir donné aucun résultat à qui que ce soit». Nous étions alors à 15 min du délai constitutionnel accordé à la Cei pour donner les résultats provisoires. Jusqu’à minuit, évidemment, le Cei n’a pu proclamer de résultats provisoires. Les regards des Ivoiriens étaient dès lors tournés vers le Conseil constitutionnel qui était désormais la seule institution habilitée à donner les résultats.
Le jeudi 2 décembre 2010, alors que son institution est forclose et que les Ivoiriens regardent désormais du côté du Conseil, le président de la Cei est aperçu, à 17 h, au quartier général du candidat Ouattara situé à l’hôtel du Golf, et, devant les médias étrangers, il va proclamer les résultats donnant Alassane Ouattara vainqueur. Après son forfait, Youssouf Bakayoko disparaît comme par enchantement. On apprendra quelques heures après qu’il a embarqué le même soir sur un avion en direction de Paris, la capitale française. Curieuse attitude tout de même du président de la Cei.
Evidemment, de tels résultats forcément frauduleux ne pouvaient être pris au sérieux par les populations ivoiriennes pour diverses raisons. D’abord au niveau de la forme. Les conditions dans lesquelles ces résultats ont été annoncés portent en elles-mêmes les germes de leur rejet. D’une part, le règlement intérieur de la Cei indique que les résultats provisoires sont annoncés par le président de la Cei en présence de l’ensemble des commissaires qui l’entourent. Ceci montre que ces résultats ne souffrent d’aucune contestation au sein même de la Cei. D’autre part, ces résultats sont annoncés exclusivement au siège de la Cei et devant la télévision nationale. Car la question de l’élection touche fondamentalement la souveraineté du pays.
Dans le cas d’espèce, Youssouf Bakayoko a annoncé ses résultats seul, à l’insu des autres commissaires qui, eux, l’attendaient au siège de leur institution. Mais ce n’est pas tout ! Youssouf Bakayoko a annoncé ses résultats dans le Qg d’un candidat, notamment Alassane Damane Ouattara. C’est un fait inédit dans le monde. Et ceci est inacceptable du point de vue de l’éthique et de la morale.
C’est donc tout naturellement que les Ivoiriens ne sont pas intéressés par de tels résultats dénués de toute crédibilité. Ils ont donc attendu tranquillement que le Conseil constitutionnel, qui s’était déjà autosaisi du dossier conformément à la Constitution, proclame les seuls vrais résultats. Lesquels donnaient Laurent Gbagbo vainqueur avec plus de 51%. Ainsi naquit le contentieux électoral par la seule faute du président de la Cei.
Les jours qui suivirent, Laurent Gbagbo prêtait serment devant le Conseil constitutionnel au palais présidentiel pendant que Alassane Ouattara prêtait simultanément serment à l’hôtel du Golf. La Côte d’Ivoire se retrouvait alors avec deux présidents de fait.
Mais plutôt que d’opter pour un règlement pacifique du contentieux, une certaine communauté internationale, conditionnée par la France, opta pour la guerre. Et quand bien même Laurent Gbagbo proposa le recomptage des voix par un comité international, il fut tourné en bourrique. Le comité mis en place par l’Union africaine s’est finalement contenté d’avaliser la position de la France portée par la Cedeao et qui consistait à dire que Ouattara devait être reconnu comme vainqueur du scrutin du 28 novembre 2010. C’est donc dans cette ambiance surchauffée et de méfiance totale que les rebelles, qui n’avaient jamais désarmé, lancent leur offensive appuyée par les forces françaises et des Nations unies à la fin de mars 2011.
Boga Sivori in Notre Voie
bogasivo@yahoo.fr
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