Certaines exactions de ces «com’zones » (commandant de zone) figurent dans le rapport de la commission nationale d’enquête mise en place par le président ivoirien en 2011. Ce document était censé prouver l’impartialité du pouvoir mais, depuis sa publication, les anciens seigneurs de guerre ont été promus à des postes de commandement dans l’armée.
Justice sélective
La justice ivoirienne refuserait- elle d’enquêter sur eux ? C’est ce que laissent penser les récents changements au sein de la cellule spéciale. « L’un des juges avait avancé sur plusieurs dossiers impliquant des militaires qui ont soutenu Alassane Ouattara pendant la crise », explique Patrick Baudouin, avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), qui représente 75 victimes de la crise postélectorale. Mardi 22 octobre à Abidjan, Me Baudoin dénonçait d’ailleurs une justice « sélective », lors de la présentation d’un rapport de la FIDH sur la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara, lui, appelle à la patience, répétant, avec un agacement croissant, qu’il est nécessaire de « laisser la justice suivre son cours ». Cet argument résiste mal aux faits. Plus de 150 proches de l’ancien président Gbagbo sont inculpés. Mais un seul chef de milice pro-Ouattara a été écroué. Amadé Ouérémi est soupçonné d’avoir participé au massacre de plusieurs centaines de civils en mars 2011 à Duékoué, dans l’ouest du pays, aux côtés des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, fidèles à l’actuel président. Mais il n’est qu’un second couteau. « Les enquêtes évitent de s’intéresser aux anciens « com’zones », regrette un diplomate. Le gouvernement ne fait rien pour lutter contre l’impunité», ajoute-t-il.
Si les Nations unies, l’Union européenne et les chancelleries insistent pour conserver et accompagner la cellule, c’est pour mettre fin à cette impunité qui a souvent fait plonger la Côte d’Ivoire dans la violence. Ce cycle a continué après la prise de fonctions d’Alassane Ouattara.
Ainsi, en juillet 2012, à Duékoué, une foule attaquait un camp regroupant plus de 4 000 personnes déplacées, considérées comme sympathisantes de Laurent Gbagbo.
Des soldats ivoiriens se sont joints à l’attaque du site, censé être protégé par l’ONU.
Plusieurs dizaines de jeunes ont disparu ce jour-là, après avoir été emmenés par des militaires. Trois mois plus tard, six cadavres étaient découverts dans une fosse commune à la périphérie de la ville, tués par balles. Une enquête a été ouverte sur l’insistance des défenseurs des droits de l’homme, mais seule une poignée de témoins a été entendue par un juge. Quant au lieutenant qui assurait la «sécurité » de la ville à cette période, principal suspect dans l’affaire, les magistrats chargés de l’enquête assurent qu’il est introuvable. Il y a quelques semaines, il appartenait encore à une force spéciale rattachée au ministère de l’intérieur.
Certains diplomates s’exaspèrent de cette mauvaise volonté du gouvernement, qui entrave le fragile processus de réconciliation. Bert Koenders, alors représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, avait adressé une lettre au garde des sceaux ivoirien dans laquelle il déplorait le manque de célérité dans les enquêtes . Les observateurs
étrangers voient arriver l’élection présidentielle de 2015 avec inquiétude. Ils craignent de nouvelles violences et doutent qu’Alassane Ouattara permettra de punir ceux qui lui ont permis d’accéder au pouvoir et qui restent ses meilleurs protecteurs.
In L’Hebdo Ivoirien
Dossier repris par Ange Désiré
(Source Rfi)
lhebdoivoirien@yahoo.fr
Wed, 04 Dec 2013 07:03:00 +0100
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