« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Inauguration de l’hôpital général de Gagnoa par Alassane Ouatara – Bili Gbalou Joachim, membre du secrétariat national du Fpi : « Nous ne voyons pas l’homme, mais l’Etat de Côte d’Ivoire » « Les hommes passent, mais notre pays demeure »

Le président Ouattara était à Gagnoa pour inaugurer l’hôpital de la région le lundi 04 mars 2013. Qu’est-ce qui explique votre présence à cette cérémonie alors qu’on s’attendait à un boycotte du Front populaire ivoirien ?

B.G.J : Nous sommes deux membres du secrétariat chargé des fédérations de Gagnoa, M. Ouréga Barthélémy et moi. Et j’ai la chance d’être résident. Alors je participe toujours, à Oumé tout comme à Gagnoa, à toutes les cérémonies qui ont un caractère officiel. C’est un acte républicain et c’est le président Laurent Gbagbo qui nous a enseignés cette grande notion de citoyenneté. D’ailleurs, j’étais à la pose de la première pierre de cet hôpital, sous Gbagbo, il n’y a pas de raison que je sois absent à son inauguration. Nous ne pouvons pas boycotter une telle cérémonie, car notre formation politique ne permet pas cela. De plus, nous savons distinguer ce qui est important de ce qui ne l’est pas et ceux qui pensaient que nous allions boycotter cette fête, ne sont pas des politiciens avisés.

Votre présence à cette cérémonie n’est-elle pas un acte de décrispation politique ?

B.G.J : Bien sûr que oui. Nous au Fpi, il y a très longtemps que nous sommes inscrits dans le processus de réconciliation nationale. Nous avons plusieurs fois rencontré le préfet de la région du Gôh pour que nous bénéficions des faveurs des autorités militaires afin que nous puissions mener nos activités politiques dans la quiétude. Nous sommes loin de penser autre chose si ce n’est la reconquête du pouvoir d’Etat par les urnes.

Pourtant, nous avons appris dans la ville que le Fpi aurait refusé la commission restauration que le préfet lui avait attribué dans l’organisation ?

B.G.J : Cette commission est restée au niveau théorique. Car au dernier moment, on nous apprend que la commission restauration est présidée par le directeur de l’hôpital et non par le Fpi. Mais nous en sommes fiers, parce que logiquement, l’accueil d’un chef d’Etat dans une région n’est pas le fait des partis politiques puisqu’il n’appartient plus aux formations politiques. Il est président de la république et par conséquent, son arrivée dans une localité devient l’affaire des élus, cadres et forces vives de la nation. Et cela doit être clair dans l’esprit de tous. De toutes les façons, le Fpi qui est aujourd’hui un parti déstructuré à Gagnoa et qui par ailleurs, vit toujours sous la menace des armes, ne peut même pas présenter un groupe homogène pour assumer ce genre de responsabilités. Nos militants ont peur, ils sont traqués.

Mais comment avez-vous pu réunir tous les militants qui sont venus nombreux à cette cérémonie ?

B.G.J : Le Front populaire ivoirien est une réelle machine et il dispose d’un réseau de communication. Nous communiquons avec nos bases. Et c’est ainsi que nous avons demandé à nos militants de venir accueillir le président de la république. Parce qu’au Fpi, nous ne regardons pas l’individu, mais plutôt l’Etat de Côte d’Ivoire. Les hommes passent, mais notre pays demeure.

Que pensez-vous du fait que la visite de Ouattara coïncide avec l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo à la Cpi ?

B.G.J : Vous savez que les chefs d’Etat élaborent toujours des calendriers pour leurs activités. Et nous pensons que c’est par pure coïncidence qu’il se retrouve à Gagnoa à cette période de l’audience de confirmation des charges contre Gbagbo à la Cpi. Sinon, ce n’est pas pour narguer la population de Gagnoa. Le président lui-même l’a dit dans son discours, que Gagnoa c’est chez lui. Nous en déduisons que Gbagbo, c’est son frère et il sait quelle porte il frappera pour le délivrer.

Nous avons également appris dans les coulisses que l’hôpital général de Gagnoa devrait porter le nom de Gbagbo qui en est l’initiateur. Malheureusement, à aucun moment nous n’avons entendu son nom dans le discours de Mme la ministre de la santé encore moins dans celui du président de la république. Quel commentaire cela vous inspire ?

B.G.J : C’est vous qui m’informez. Je n’ai pas appris que cet hôpital devrait porter le nom de Gbagbo. (Rires) Vous savez, c’est celui qui inaugure qui fait le choix du nom que porte l’édifice qu’il inaugure. Si ça n’a pas été le cas pour Gbagbo, c’est le président seul qui sait quelle valeur historique il donne à cet édifice. Sinon ce joyau a été pensé par quelqu’un. Mais, ma grande surprise est que le président Ouattara n’a pas situé cet édifice dans son contexte historique. Et cela dépasse la conscience humaine. Parce qu’on nous a appris que l’Etat, c’est la continuité. Mais nous avons eu l’impression que Gbagbo n’est pas passé par là alors qu’il a été Président de la République pendant dix (10) ans

Avez-vous un message pour vos militants ?

B.G.J : Il faut que nos militants restent toujours debout. Le Fpi n’est pas un petit parti politique. Mieux c’est le parti le plus structuré en Côte d’Ivoire. Donc une telle formation politique ne peut jamais mourir comme le croiraient certaines personnes. Mettons-nous au travail pour revenir au pouvoir.

Interview réalisée par Guy Nézo, correspondant régional

In Soir Info

Wed, 06 Mar 2013 10:19:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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