La résidence présidentielle libérée
Pour en avoir le cœur net, nous nous rendons là où l’ancien chef de l’Etat ivoirien est censé être assigné à résidence, à 17h30. Comme par enchantement, il n’y a aucun dispositif sécuritaire. C’est à croire que les soldats qui sont toujours là depuis «l’incarcération» de Gbagbo se sont volatilisés. Nous comprenons que le l’ex-président ne reviendra plus dans cette résidence. Nous retournons, pour la énième fois, devant le tribunal. En désespoir de cause, nous appelons une source à l’aéroport de Korhogo. Sa réponse claque au téléphone comme un fouet : «C’est faux! Je suis sur place. Il y a un avion qui est là. Nous attendons le bruit de son moteur. Les militaires ont verrouillé les lieux. Impossible donc pour toi de venir ici. Gbagbo est encore là-bas. Reste sur place». Du tribunal, nous nous mettons devant le stade municipal en direction de l’aéroport. Le temps d’un demi-tour, nous apercevons un long cortège de véhicules venant dans notre direction. Il est 18h04mn. Composé de neuf véhicules (le 4X4 gris du matin, un autre du même modèle de couleur noire dans laquelle se trouvait Laurent Gbagbo, deux autres 4X4, une avec une plaque jaune, et un autre avec une plaque d’immatriculation normale, trois pick-up surmontés de mitrailleuses lourdes avec au moins 24 soldats avec des kalachnikovs et deux autres véhicules), le cortège s’ébranle en direction de l’aéroport de Korhogo. Les Korhogolais, peu habitués à voir un déploiement d’armement aussi important depuis la fin de la crise armée de 2002, assistaient, médusés, au passage du cortège qui s’ébranlait à très vive allure une fois aux abords du stade municipal du quartier 14, soulevant derrière lui un nuage de poussière. Notre source d’information nous contacte à nouveau une poignée de minutes après le passage en trombe du cortège, pour nous annoncer, au téléphone, que l’avion qui s’était posé plus tôt vient de décoller. Effectivement, au bout du fil, nous entendons le vrombissement des réacteurs de l’engin. Notre interlocuteur coupe le téléphone. Il est 18h 17. Laurent Gbagbo venait ainsi de quitter la ville qui l’a hébergé pendant sept mois. Direction La Haye, au Pays-Bas où, en compagnie de certains de ses proches, il sera jugé par la Cour Pénale Internationale. Comme l’ont souhaité les autorités ivoiriennes. Triste fin pour un chef d’État qui aura marqué la scène politique pendant une trentaine d’années. Ironie du sort, l’ancien président quitte Korhogo au moment où les Ivoiriens commémorent le premier anniversaire de la crise post-électorale, qui aura fait près de 3000 morts selon les chiffres divulgués par les Nations unies et confirmés par plusieurs organisations internationales des droits de l’Homme.
Y.DOUMBIA (Envoyé spécial à Korhogo) in L’Inter
Wed, 30 Nov 2011 01:42:00 +0100
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