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Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Koné Katinan devant le juge, aujourd’hui- Les enjeux d’une audience

Arrêté une première fois à Accra, le vendredi 24 août 2012, alors qu’il revenait d’un voyage en Afrique du Sud, l’ancien directeur du Cadastre à la direction générale des impôts est resté en garde à vue prolongée avant d’être libéré sous caution…Il a été re-arrêté, le 28 septembre, puisque de nouvelles accusations, celles de « crimes de sang » ont été portées contre celui que la presse ghanéenne surnomme « Gbagbo boy ». Il y a deux semaines, le mercredi 24 octobre, le juge avait libéré Koné Katinan, expliquant qu’il ne saurait être poursuivi au Ghana pour des meurtres qu’il était accusé d’avoir commis en Côte d’Ivoire. Le volet « crimes de sang » écarté, restait celui des « crimes économiques » pour lequel l’ancien ministre du Budget de Gbagbo bénéficiait entre-temps de la liberté sous caution. Au tribunal d’Osu où Koné Katinan et son conseil s’étaient rendus le 24 octobre, le magistrat était indisponible et l’examen de la demande d’extradition a été ajourné au mercredi 7 novembre ; aujourd’hui, donc.

L’affaire Koné Katinan passe pour un véritable feuilleton politico-judiciaire et hante dirigeants et acteurs politiques des deux côtés de la frontière ivoiro-ghanéenne. Sans doute parce que le principal intéressé est le porte-parole de l’ancien chef d’Etat en détention à La Haye ; également parce que Koné Katinan avait joué un rôle de premier plan dans la crise post-électorale et les partisans de Laurent Gbagbo y trouvaient, volontiers, une icône de la « résistance » pour avoir lutté contre l’isolement bancaire et œuvré au paiement des fonctionnaires. Bien sûr, le « Gbagbo boy » n’a jamais été adulé du camp Ouattara qui voit chez M. Koné une espèce d’activiste, responsable du « casse » de la Banque centrale à Abidjan ; image que réfute le concerné. Encensé par les pro-Gbagbo, caricaturé par les pro-Ouattara, Justin Koné Katinan suscite, à raison, un extraordinaire engouement.

Une audience cruciale

L’examen de sa procédure d’extradition sera particulièrement suivi, ce matin. Les autorités ivoiriennes estiment le suspect extradable en vertu de textes de coopération et conçoivent une sorte de jeu sournois dans l’attitude de leurs homologues ghanéens. L’affaire Koné Katinan- rappelons-le- s’est développée dans un contexte où la Côte d’Ivoire a accusé ouvertement son voisin de laisser prospérer sur son sol, des déstabilisateurs anti-Ouattara. Preuve que les relations entre les deux pays ne sont plus au beau fixe, les autorités ivoiriennes avaient fermé toutes les frontières avec le Ghana avant de les rouvrir progressivement. Elles avaient indiqué que les assaillants qui ont attaqué Noé, le 21 septembre 2012, étaient partis du Ghana. La tension est, un tantinet, retombée. Mais nul n’est dupe : la confiance entre les deux Etats s’est érodée.

L’issue de l’affaire Koné Katinan va immanquablement déteindre sur les rapports inter-Etats. Ici, les enjeux politico-diplomatiques du dossier. Si sa demande d’extradition était appréciée favorablement, le régime ivoirien savourera une victoire et pourrait regarder autrement les autorités ghanéennes que sous l’angle d’un fervent soutien aux pro-Gbagbo. Si au contraire, Justin Koné Katinan n’était pas extradé, le sommet ivoirien se sentirait conforté dans cette conviction : « Le Ghana n’est décidément pas prêt pour nous ! ». Abidjan avisera.

Côté ghanéen, le dossier du porte-parole de Laurent Gbagbo n’est pas dépourvu d’enjeu. Le successeur du défunt John Evans Atta Mills, John Dramani Mahama, agit avec circonspection. Dès le déclenchement de l’affaire, il a fait publier un communiqué par le ministre de l’Information, indiquant que Koné Katinan était détenteur « d’une carte de réfugié du bureau ghanéen des réfugiés reconnu par le Hcr ». Le communiqué précisait que le Ghana avait choisi de gérer la question suivant ses lois, sa Constitution. Ce n’est pas une affaire banale pour John Dramani Mahama, en pleine campagne pour la présidentielle de décembre. S’il cédait sous la pression ivoirienne, il passerait pour un dirigeant influençable voire malléable. En s’en remettant à la Constitution, il espère, peut-être, se soustraire à l’ire d’Abidjan et minimiser les ennemis sur le plan interne. Les ennemis, le candidat à l’élection présidentielle, n’en a guère besoin.

Justin Koné Katinan, quant à lui, croise les doigts en attendant l’audience de ce matin.

Kisselminan COULIBALY in Soir Info

Wed, 07 Nov 2012 08:01:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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