MOBILISATION ET CLIVAGE
Des ténors de la majorité se demandent aujourd’hui s’il n’est pas entré en campagne trop tard.
"On en discute beaucoup entre nous", confie un membre du gouvernement à Reuters. "Nous avons le sentiment que nous sommes politiquement et intellectuellement majoritaires dans le pays mais que nous sommes à deux doigts de perdre la présidentielle."
Un autre choix du chef de l’Etat est également aujourd’hui discuté: la décision d’égrener ses propositions au fil des jours pour maintenir l’opinion en haleine, alors que François Hollande avait déjà exposé l’essentiel de son programme.
Nicolas Sarkozy n’a été en mesure de présenter l’ensemble de son projet que le 5 avril, lors d’une conférence de presse, alors que la campagne officielle était déjà bien entamée.
Autre signe d’improvisation : il a longtemps fait dire qu’il publierait un livre comme François Hollande. Il y a finalement renoncé, se repliant sur une "lettre au peuple français".
Observateurs et membres de son équipe s’accordent en revanche sur un point: il réussit au moins aussi bien qu’en 2007 à mobiliser ses troupes -des foules survoltées, avec de nombreux jeunes, sous une houle de drapeaux tricolores.
Avec trois temps forts, qui réunissent chaque fois des dizaines de milliers de personnes: meeting géant à Villepinte, près de Paris, le 11 mars, réunion en plein air place de la Concorde à Paris le 15 avril, ainsi que celle, inédite, du 1er mai place du Trocadéro, un défi aux syndicats et à la gauche qui défilent au même moment à quelques kilomètres.
Cette mobilisation est le signe que Nicolas Sarkozy, qui multiplie les appels à la "France silencieuse", cristallise plus encore qu’en 2007 un profond clivage gauche-droite.
"ALLER AU PEUPLE"
Il a donné le ton dans une interview au Figaro Magazine avant même l’officialisation de sa candidature en mettant le cap à droite toute et en avançant une de ses propositions phare: le recours au référendum sur des sujets comme la formation des chômeurs et le contrôle de l’immigration, en cas de blocage par les "corps intermédiaires", ce qu’il appelle "aller au peuple".
Sous l’influence de Patrick Buisson, ancien journaliste venu de l’extrême droite et spécialiste des sondages d’opinion, il n’en démordra plus. Quitte à inquiéter la partie la plus modérée de sa majorité, comme les anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, pour qui les Français se préoccupent plus du chômage que de l’immigration.
Il fera bien quelques concessions aux centristes en reprenant une proposition de son ancien ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo sur le soutien aux élèves en difficulté ou en faisant participer certains de leurs leaders à ses meetings.
Mais la percée de la candidate du Front national Marine Le Pen au premier tour le confortera dans sa détermination à aller à la chasse aux électeurs du parti d’extrême droite.
Il ne réussit pas en effet à gagner son pari: devancer François Hollande lors de ce premier tour. Quant au second, il apparaît compromis, sauf coup de théâtre dans les urnes, tant est grande l’avance du candidat socialiste dans les sondages.
TROIS PHASES
Sa campagne aura ainsi connu trois phases: celle du doute, celle de l’espoir revenu et celle de l’énergie du désespoir.
Après son entrée en campagne, le 15 février, il se dépouille de son costume de président, redevient accessible à la presse, multiplie les apparitions sur les chaînes d’information.
Dans les médias, il ébauche un mea culpa sur les errements "bling bling" du début de son quinquennat. En meeting, il cogne sur François Hollande, qu’il accuse de mentir, et sur la "gauche caviar", dont il rejette les leçons -autre leitmotiv.
Mais sa campagne ne semble ne pas prendre. Il se perd dans des polémiques secondaires, par exemple sur la viande halal. Un chahut à Bayonne organisé par des militants basques et de gauche renforce le doute dans sa majorité. Les intentions de vote du premier tour, dont il espérait voir se croiser les courbes, restent favorables à son adversaire socialiste.
Il faudra le meeting géant de Villepinte, le 11 mars, pour qu’il entame la remontée attendue en lâchant sans prévenir une bombe: la menace de recourir à la politique de la chaise vide pour obtenir une meilleure défense des frontières de l’Union européenne face à l’immigration et de ses entreprises face à la concurrence de pays émergents.
La traque de Mohamed Merah, assassin de sept personnes, et la mort du jeune homme après un siège de 32 heures le 22 mars, lui font réendosser le statut de président protecteur face aux autres candidats réduits au rôle de spectateurs.
Mais selon les analystes, cette affaire n’a qu’un faible impact sur les électeurs, même si les courbes des sondages de premier tour se croisent en faveur de Nicolas Sarkozy.
Il exulte dans les meetings : "Un certain nombre de candidats sont en train de se rendre compte que c’était plus difficile qu’ils ne l’avaient imaginé!"
Mais avec l’entrée dans la campagne officielle, cet élan semble de nouveau se briser, ce que confirme le premier tour le 22 avril. Sa campagne entre alors dans sa troisième phase.
Il se plaint d’avoir fait la campagne du premier tour à "un contre neuf", se pose en victime d’un "système médiatique" accusé de partialité. Il multiplie les signaux à l’adresse des électeurs du FN, tout juste atténués par des appels à ceux du candidat du MoDem, François Bayrou, et par un discours moins ouvertement adressé aux partisans de Marine Le Pen lors du face-à-face télévisé de mercredi soir avec François Hollande.
Ce débat était considéré par beaucoup comme sa dernière chance de faire la différence. Mais il n’a jamais réussi à déstabiliser son adversaire socialiste. Nicolas Sarkozy jugeait cependant jeudi l’élection plus ouverte que jamais.
Reuters
Sat, 05 May 2012 10:41:00 +0200
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