Pour le ministre ivoirien de la justice, démanteler cette cellule d’enquête ne pose aucun problème. Gnénéma Coulibaly considère que les tribunaux ordinaires sont désormais opérationnels. Le dispositif judiciaire exceptionnel a pourtant été créé en juillet 2011 par la volonté du président Alassane Ouattara, vivement encouragé par les diplomates en poste en Côte d’Ivoire, soucieux de voir reculer l’impunité qui s’était installée dans le pays depuis trop d’années. Son objectif, dans un pays à peine sorti de la guerre, était de rassembler les procédures liées à la crise postélectorale et d’accélérer les enquêtes.
Deux ans et demi plus tard, les résultats sont maigres. Sur les trois grands dossiers ouverts – crimes de sang, crimes économiques et atteinte à la sûreté de l’Etat –, seul ce dernier volet a été bouclé. En juillet, la cour d’appel d’Abidjan confirmait l’organisation prochaine d’un procès pour quatre-vingt-quatre accusés. Tous des proches de l’ancien président Laurent Gbagbo, au pouvoir de 2000 à 2010.
Il existe pourtant des preuves accablantes contre les anciens rebelles des Forces nouvelles qui ont combattu pour installer Alassane Ouattara, alors que sa victoire électorale était contestée par le camp Gbagbo. L’un de ces miliciens, Martin Kouakou Fofié, est sous le coup de sanctions de l’ONU depuis 2006, notamment pour le recrutement d’enfants-soldats et des exécutions extrajudiciaires. Certaines exactions de ces "com’zones" (commandant de zone) figurent dans le rapport de la commission nationale d’enquête mise en place par le président ivoirien en 2011. Ce document était censé prouver l’impartialité du pouvoir mais, depuis sa publication, les anciens seigneurs de guerre ont été promus à des postes de commandement dans l’armée.
JUSTICE "SÉLECTIVE"
La justice ivoirienne refuserait-elle d’enquêter sur eux ? C’est ce que laissent penser les récents changements au sein de la cellule spéciale. "L’un des juges avait avancé sur plusieurs dossiers impliquant des militaires qui ont soutenu Alassane Ouattara pendant la crise", explique Patrick Baudouin, avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), qui représente 75 victimes de la crise postélectorale. Mardi 22 octobre à Abidjan, Me Baudoin dénonçait d’ailleurs une justice "sélective", lors de la présentation d’un rapport de la FIDH sur la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara, lui, appelle à la patience, répétant, avec un agacement croissant, qu’il est nécessaire de "laisser la justice suivre son cours".
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Fri, 25 Oct 2013 06:31:00 +0200
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