Dans les années 1980 le mix énergétique était dominé par l’hydroélectrique. Depuis la privatisation du secteur de l’électricité en Côte d’Ivoire, le gaz a été privilégié. Pourquoi ?
A la fin des années 1970, la Côte d’Ivoire explorait ses côtes à la recherche de pétrole et de gaz naturel. Ils ont trouvé au large de Jacqueville un champ de gaz sec, sans pétrole, le champ Foxtrot. Mais, à l’époque, le gaz n’avait pas autant de valeur que le pétrole. Le puits a donc été rebouché pour ne pas le laisser fuir.
Une vingtaine d’années plus tard, la Compagnie des énergies nouvelles de Côte d’Ivoire (CENCI, appartenant au groupement SAUR/Bouygues/EDF) a décidé de l’exploiter pour produire de l’électricité. En 1992, ils ont signé le contrat d’exploitation. Une plateforme a été construite en mer pour acheminer le gaz et commencer à produire de l’électricité. En 1994, ils créent la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (Ciprel) afin d’exploiter ce champ de gaz qui encore aujourd’hui alimente nos centrales et délivre plus de 70 % du gaz utilisé dans les centrales du pays.
Comment Ciprel s’est développée et combien d’énergie produisez-vous ?
Nous avons démarré en 1994 avec une centrale de 99 MW composée de trois turbines à gaz. En 1997, nous nous sommes agrandis avec une deuxième centrale d’une turbine à gaz de 111 MW. La crise de 1999 a ralenti les investissements. La troisième turbine à gaz de 111 MW a été mise en service en 2009. Puis nous sommes passés au cycle combiné : nous avons construit une nouvelle turbine de 111 MW et l’avons reliée à deux chaudières de récupération des gaz d’échappement. La vapeur produite par les chaudières est récupérée dans une turbine à vapeur, produisant ainsi de l’électricité tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Nous produisons au total 556 MW sur le site de Ciprel à Abidjan, où sont regroupées toutes nos centrales.
Aujourd’hui vous prévoyez une cinquième centrale ?
Oui, nous avons signé il y a un mois. Il s’agira de construire deux turbines à gaz et une turbine à vapeur avec chaudières de récupération. Les travaux commenceront dès que nous aurons les financements. Nous sommes en train de négocier avec les banques. On espère donner le premier coup de pioche au mois de juillet 2017. Nous pourrons commencer à distribuer le gaz un an et demi plus tard sur le réseau.
Les ressources en gaz de la Côte d’Ivoire diminuent et on estime qu’elles auront disparu d’ici à 2025. Pourquoi poursuivre sur cette voie ?
Non, car nous pourrons toujours importer du gaz naturel liquéfié (GNL) pour alimenter nos centrales. Total a d’ailleurs signé un contrat avec l’Etat début octobre qui lui donnera la primauté des importations de gaz en Côte d’Ivoire.
Cela signifie donc que la Côte d’Ivoire dépendra de ressources énergétiques étrangères. Cela augmentera-t-il le coût du kilowattheure (kWh) pour les consommateurs ?
De quoi parle-t-on quand on parle du coût de l’électricité ? Est-ce que c’est ce que les gens paient réellement ou est-ce leur perception de ce qu’ils devraient payer ? Le prix de l’électricité n’a pas bougé depuis des années et qu’est-ce qui n’a pas augmenté autour de nous ? Les gens qui me demandent si l’on ne peut pas baisser le coût de l’électricité, je leur réponds : êtes-vous d’accord de baisser votre salaire ?
Lorsque nous avons construit Ciprel 3 en 2009, le prix de la turbine est passé de 16 à 32 milliards de francs CFA (de 24,4 à 48,8 millions d’euros). Les constructeurs nous ont expliqué qu’à cause de l’inflation en Europe, le prix de l’acier et du cuivre qui composent les turbines avait quintuplé. Il faut bien qu’à un moment ces coûts se répercutent sur le prix de vente de l’électricité.
Mon, 21 Nov 2016 21:27:00 +0100
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