Le pays de l’impunité
Quand il était dans l’opposition et ensuite dans la rébellion, Alassane Dramane Ouattara n’avait de cesse de dénoncer ce qu’il appelait le règne de l’impunité en Côte d’Ivoire. Pour mettre fin à cette situation, il avait promis, lors du débat qu’il avait eu avec le président Gbagbo avant la deuxième tour de la présidentielle, de diligenter une enquête sur la rébellion dès son accession au pouvoir. Dans moins d’un mois, Ouattara va boucler deux ans d’exercice du pouvoir d’Etat. Non seulement il n’a diligenté aucune enquête sur la rébellion, mais il a même, comme pour narguer ceux qui avaient naïvement cru en lui, accordé
une prime à cette rébellion. L’armée ivoirienne est aujourd’hui dirigée par les ex-chefs de guerre de la rébellion. Le chef d’Etat-major général de l’armée est l’ex-chef d’Etat-major de l’ex-rébellion, le général Soumaïla Bakayoko. Les autres chefs de guerre ont tous été promus à des grades dans le corps des officiers supérieurs et dirigent toutes les grandes unités de notre armée. D’autres ont été nommés préfets de région. Ce sont par exemple, Tuo Fozié, promu préfet de région de Bouna, et Ben Laden, nommé préfet de région de San Pedro. Si ces promotions sont choquantes, celle de Fofié Kouakou, chef Frci de Korhogo, l’est davantage en ce sens qu’il est sous sanction onusienne. Mais Ouattara n’en a cure. D’ailleurs qu’est-ce que l’Onu qui l’a installé au pouvoir peut bien lui faire?
L’enquête sur l’ex-rébellion n’est pas la seule enquête qui avait été promise par Ouattara et qui est restée dans les tiroirs. Il avait également promis, dès sa prise de pouvoir et lors de sa toute première conférence de presse, de diligenter une enquête sur les circonstances de l’assassinat du ministre Désiré Tagro, d’arrêter et punir les auteurs de ce crime crapuleux. Deux ans après, le pays attend toujours cette enquête.
Les enquêtes sur l’attaque du camp des déplacés internes de Nahibly qui a fait plusieurs morts ; de l’accident du bus de la Sotra qui avait fini sa course dans la lagune ébrié ; celui du drame de la nuit de la lumière au Plateau ; de l’assassinat des soldats nigériens de l’Onuci à Taï ; des violences lors des élections partielles sont toutes, elles aussi, attendues. La liste n’est pas exhaustive.
Comme on le voit, Ouattara est devenu le champion de l’impunité. Il ne parle de lutte contre ce phénomène que pour justifier la traque contre les pro-Gbagbo et la justice des vainqueurs. A l’instar du slogan de son parti, « Vivre ensemble », qui n’a de sens que lorsqu’il s’agit de vivre chez les autres, l’impunité n’a de sens pour Ouattara que lorsqu’il
s’agit de traquer ses adversaires politiques.
Boga Sivori bogasivo@yahoo.fr
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