Quand un homme, par le biais d’une déportation, sort de l’orbite de ses juridictions naturelles, de ses repères (le droit civil français requiert la comparution obligatoire de ses justiciables devant leurs seuls tribunaux naturels), et est exposé à l’étranger à des juges et à des procédures inconnus de sa culture, de sa cause, il subit une dislocation psychologique, un malaise de fond qui ne peut faire l’objet d’une estimation objective, tant le dommage se trouve situé dans des domaines inaccessibles à la réparation humaine. Et quand il est un chef d’Etat, en l’occurrence le premier dans ce cas, il connait triplement la solitude du pionnier, dépourvu de tous les attributs et prérogatives de son rang, au point de sentir un point d’ironie même dans les politesses des gardes pénitentiaires.
Sachez qu’aucune forme d’esclavage n’est possible sans dislocation psychologique, donc sans déportation. Ce transfèrement dit judiciaire, est en fait un acte politique, une déportation qui en rappelle d’autres ; celle de TOUSSAINT LOUVERTURE (à Fort de Joux, dans le Jura, l’Architecte de l’indépendance de l’ Haïti) ; celle de L’ALMAMY SAMORY TOURE (au Gabon, Chef de la résistance anti coloniale), celle de GBEANZIN AHIDJERE (en Martinique, Roi du Dahomey).
Quand les projecteurs de l’histoire se poseront un jour sur ce pan de notre histoire, nous en aurons honte, comme nous avons honte aujourd’hui de ce que nos ancêtres ont fait à nos frères les noirs du continent américain. AIME CESAIRE avait raison, notre vision doit cesser d’être « partial, partiel et parcellaire » Ces déportations récurrentes ne sont pas le fait d’un hasard, elles sont conformes à un dessein : la décapitation psychologique par dislocation et l’esclavage.
Observez vous-mêmes les manigances ci-dessous : Sous forte pression française la C.P.I. arrête GBAGBO, mais elle ne doit pas arrêter pour l’instant SORO; SARKOZY en serait contrarié. Pour éviter un peu cette forte pression la C.P.I. place le procès le 18 Juin 2012, soit quelque temps après les élections françaises, après le départ de SARKOZY. Seulement après ces élections peuvent ils décider du sort de la paire OUATTARA-SORO, et voir quel verdict les nouvelles autorités françaises demanderaient pour GBAGBO. La France est contributrice au budget de la C.P.I. La C.P.I., comme tout autre institution internationale (O.N.U, U.A., la LIGUE ARABE…) doit vivre avant de prendre des décisions. Pour cela, leur processus décisionnel est empreint de réalisme. Et pourtant, la vérité, elle, n’est pas réaliste. Et Gandhi dit que ce n’est pas parce qu’on s’en détourne qu’elle devient mensonge.
SERY ZADI GBOZIAGNON
JURISTE, POLITOLOGUE, TRADUCTEUR
Thu, 05 Apr 2012 02:32:00 +0200
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