« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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La fin des Boussoumanis

Peu de gens ont réellement suivi notre réflexion sur la malédiction du grand Nord en marche. Nous espérons qu’après cet article qui complète le précédent, les choses paraîtront plus limpides surtout pour des écrits postés sur un site patriotique. Nous avons souhaité que le Nordiste cesse d’être Djoula, du moins oublie un tant soit peu, sa mentalité. De la même façon, ceux en Côte d’Ivoire que les Nordistes appellent trivialement les « Boussoumanis » doivent mettre une croix sur leurs travers. D’aucuns diraient que ce n’est pas le moment. Certes, mais ne dit-on pas qu’il faut battre le fer quand il est chaud parce que, dans cet état, il est plus malléable. De même, le Boussoumani ne sera réceptif que pendant sa traversée du désert car hier, des comédiens, des comiques, et des intellectuels ont critiqué les travers des Boussoumanis, mais comme leur président actuel «l’indéboulonnable », les Boussoumanis n’ont pas voulu changer. Alors pourquoi pas en ce moment de difficulté ; peut-être seront-ils plus sensibles à leurs propres travers, du moins nous l’espérons…

Les Boussoumanis sont à l’Ouest, au Sud proprement dit et à l’Est de notre pays. Dans ces trois parties, il y a les Kroos et les Akans.

– La « kroomanité » économique

Lorsqu’on jette un regard comparatif sur la nécrologie dans les quotidiens ivoiriens, les plus beaux macchabées appartiennent au groupe Kroo. En Côte d’Ivoire, on dit que la photo de Boubou ressemble à Boubou lui-même. Donc c’est normal que la photo soit belle quand l’intéressé était joli de son vivant. Cependant, là où rien ne va plus, c’est le culte du macchabée. Aujourd’hui, quand une personne décède au village, au lieu de l’enterrer, on préfère transporter le corps à la morgue en ville, afin de conserver celui-ci pendant des mois. Et Dieu seul sait que des milliers de personnes meurent en ce moment, soit pour des raisons médicales- pauvreté oblige-, soit pour d’autres choses. Alors, comme des champignons, ce sont les morgues qui poussent chez le peuple Kroo. Cela a par conséquent donné des idées aux malfaisants surtout quand le défunt a des parents en Europe ou à l’étranger en général. Le culte du cadavre sur le plan économique est un désastre pour la famille éplorée, mais une calamité pour celui qui économiquement a du répondant. Beaucoup de millions seront engloutis dans un enterrement au détriment des héritiers, qui plus souvent, sont en bas-âge…

Un Kroo est-il titulaire d’un emploi dans le privé comme dans l’administration ? C’est une trentaine de bouches qu’il doit nourrir en plus de ses propres enfants. En temps normal, il faut ajouter la part de la petite amie voire des petites amies si ce ne sont pas des maîtresses. Au moment où chacun dans la famille kroo tire le travailleur économiquement vers le bas, le Djoula prend de l’avance, parce que chacun apporte quelque chose ou en tout cas, en a une farouche volonté.

Le côté politique de cette kroomanité est la défiance tous azimuts de l’autorité absolue du chef. Ce qui est mal vu chez l’Akan, le binôme boussoumani du Kroo.

– L’obstacle du « nanaïsme » akan

En pays Akan, lorsqu’un « Nana » a parlé, c’est une parole d’Evangile, il n’y a pas de possibilité de contestation, même si ces paroles et actes vont à l’encontre de l’intérêt général. On le voit sur le plan politique et coutumier. Cela nous a porté préjudice aux dernières élections présidentielles… Cependant, le côté solidarité dans le traitement des funérailles est beaucoup plus relâché voire quasi inexistant. Cela fait dire que les Akans sont plutôt individualistes. La participation financière à un deuil est beaucoup mesurée, même si les funérailles doivent se faire avec beaucoup de faste. Celui qui perd un parent ne doit pas forcément compter sur la communauté pour l’enterrement. Cela donne en quelque sorte, le sens de la mesure, et donc empêche d’agir au-dessus des moyens dont on dispose… Tous ces deux groupes ont tour à tour gouverné la Côte d’Ivoire et ce, avec diverses fortunes. Notre réflexion ne tend pas à distribuer des bons et des mauvais points, pour faire plaisir à certains au détriment d’autres. Nous voudrions humblement insister sur ce que devrait être le nouvel Ivoirien après la chute prochaine du régime de rattrapage ethnique, ses choix étant mauvais.

– La Côte d’Ivoire en procès de « Mandelisation »

Chacun de nous en tant qu’Africain sait qui est Nelson Mandela et combien il a souffert de la politique de l’apartheid. Et pourtant, à son accession au pouvoir, il a rassemblé tous les Sud-Africains. C’est à ce comportement que nous appelons de nos vœux, tous les Ivoiriens. Nous le faisons parce que nous n’avons pas les mains souillées du sang ni de la maltraitance de nos concitoyens. En regardant dans le rétroviseur, on se rappellera aux mauvais souvenirs de la Côte d’Ivoire où le Bété était un « voleur, bagarreur, chercheur de femme » et tutti quanti. Il y a seulement quelques mois, le Djoula était un délinquant objectif dans le regard de certains tuteurs de la loi. Le Djoula était moins que rien et ne devait être qu’un travailleur peu ou mal payé dans les villages du Sud. En ville, les petits « boulots » étaient ses lots. Pire, il avait le sentiment d’être un « étranger » dans son propre pays – une petite mort quotidienne-, c’était la négation de son égo. Tout cela, le Djoula l’a vécu comme humiliation pendant des années. A tort ou à raison, l’Akan était vu comme une personne à abattre, parce que tout était entre les mains des ressortissants de cette ethnie. Et pourtant, les autorités d’antan, faisaient leur possible pour que tout le monde bénéficie des bienfaits de l’Etat. Alors si la mentalité du Djoula doit disparaître, de même que celle du Boussoumani, il ne nous restera plus que l’Ivoirien vrai, unique et solidaire de son concitoyen. Quand nous serons tous capables de revendiquer sans peur ni complexe notre « Ivoirité chérie » qui fera de nous un peuple fort, alors nous aurons gagné la bataille contre le régionalisme. Cela sera le résultat d’une introspection qui fera de celui d’en face, un autre nous-mêmes. La vengeance et le tribalisme nous pourrissent la vie. Le nouvel Ivoirien doit d’abord se penser en tant qu’Ivoirien, ensuite Africain et de proche en proche, en tant qu’humain vivant dans un monde solidaire.

Louis-Freddy Aguisso

Thu, 18 Oct 2012 02:55:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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