Organisation d’un sommet France-Afrique en février 2015 à Paris, déplacements au Mali, en Angola en Centrafrique ou au Cameroun pour promouvoir les intérêts économiques et défendre la stabilité régionale, le chef de l’État aura joué sur plusieurs tableaux. "François Hollande sait que c’est une zone où la France peut continuer d’exister sur la scène internationale comme on l’a vu avec les interventions militaires au Mali ou en Centrafrique, analyse Bruno Delaye, diplomate, responsable de la « cellule africaine » de l’Élysée de 1992 à 1995. Il perçoit aussi l’intérêt économique d’un continent dont les pays ont une croissance qui dépasse souvent les 5%. Et les bonnes relations qu’il entretient avec plusieurs présidents facilitent tout cela".
Depuis de longues années, François Hollande est en effet très proche de certains chefs d’État rencontrés dans le cadre de l’Internationale socialiste lorsqu’il était Premier secrétaire du PS. Au premier rang, on peut citer le président guinéen, Alpha Condé, avec qui il échange régulièrement par SMS ou un autre "camarade" socialiste, le président du Niger, Mahamadou Issoufou. Le chef de l’État est aussi très proche du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, diplômé de la Sorbonne, et allié majeur de la France dans la lutte contre le terrorisme. Il a aussi de bons rapports avec l’homme fort de l’Afrique subsaharienne, le président tchadien Idriss Déby. C’est d’ailleurs à N’Djamena que la France a installé le QG de l’opération Barkhane menée par l’armée française au Sahel. Les présidents sénégalais, Macky Sall et ivoirien, Alassane Ouattara, font également partie de ceux avec lesquels François Hollande nourrit de bonnes relations.
"Hollande a choisi la carte de la realpolitik"
Mais lors de son accession au pouvoir, le chef de l’Etat a voulu élargir la perspective, en se rapprochant de plusieurs dirigeants d’Afrique anglophone et lusophone, notamment sur les préconisations de sa conseillère "Afrique", Hélène Le Gal, ex Directrice "Afrique centrale et orientale" au Quai d’Orsay (nommée depuis ambassadrice de France en Israël). Ainsi a-t-il reçu le nouveau président du Nigéria Muhammadu Buhari en septembre 2015 à l’Elysée. Il a aussi noué des relations cordiales avec la Tanzanie de Jakaya Kikwete et le Kenya d’Uhuru Kenyatta. Une évolution essentiellement motivée par des préoccupations économiques, ces pays étant parmi les plus prospères du continent. "Nicolas Sarkozy avait commencé à parler à ces pays mais il n’était pas allé au bout, plombé notamment par son discours de Dakar de 2007, trop paternaliste, et par un manque de conviction du potentiel africain, pointe un ancien ambassadeur de la France sur le continent. François Hollande, lui, joue à fond la carte de la realpolitik".
Autres évolutions notables sous le quinquennat Hollande: le très décrié ministère de la Coopération, rebaptisé ministère du Développement, a perdu son rôle politique. Tandis que Bercy n’a plus d’influence économique, puisque depuis 2014 le Quai d’Orsay a récupéré le Commerce extérieur. Quant aux relations avec les dirigeants encombrants (Ali Bongo, Joseph Kabila, Denis Sassou Nguesso), que François Hollande fréquente le moins possible, elles sont l’apanage du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.
Thu, 22 Sep 2016 12:38:00 +0200
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