La liberté de la presse et d’expression en Côte d’Ivoire vit une période d’enfer depuis l’accession au pouvoir du chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara. Après le quotidien « Le Temps », il y a quelques jours, c’est au tour du quotidien « Aujourd’hui », un autre journal proche de l’opposition, d’être suspendu par le pouvoir en place. Via un conseil national de la presse (CNP) visiblement aux ordres, dirigé par Eugène Djié Kacou dont la proximité avec le RHDP constitue un secret de polichinelle. Le quotidien « Aujourd’hui » a été suspendu pour 12 numéros, c’est-à-dire une non parution de deux semaines. A compter du vendredi 2 juillet dernier. Le pouvoir par la voix du CNP reproche au quotidien « Aujourd’hui » trois choses fondamentales : d’abord, il qualifie « d’offensant » l’article publié récemment par le journal sous le titre « Les colons sont de retour. C’est officiel ». Une allusion faite au ballet des officiels français en Côte d’Ivoire depuis l’installation d’Alassane Dramane Ouattara. Ensuite, pour le CNP, la rubrique du journal intitulée « Courriers des lecteurs au Président Gbagbo » constitue une « manipulation de l’opinion publique » et une « incitation à la haine ».Enfin, le pouvoir condamne la publication d’une supposée interview de l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, que « Aujourd’hui » a pioché sur le net.
Avant le quotidien « Aujourd’hui », c’était au journal « Le Temps » d’être suspendu pour 6 numéros, soit une semaine de non parution, à la mi-juin dernier. Ce quotidien a subi le courroux du pouvoir pour avoir publié un article sur le gouvernement Ouattara ayant pour titre « Comment entrer au Dioulabougou ».Cet article dénonçait la coloration partisane et tribale du gouvernement tenu majoritairement par des cadres ressortissants du nord du pays. Le CNP a également suspendu l’auteur de l’article. Il s’agit du journaliste Germain Séhoué, suspendu pour 2 mois.
La liberté de la presse et la liberté d’expression sont gravement menacées en Côte d’Ivoire. Si la presse libre est tolérée à demi-mot, ce sont les journalistes qui se trouvent traqués et menacés de mort. Certains d’entre eux sont contraints à l’exil, d’autres travaillent sur place dans une véritable clandestinité. C’est le cas de Notre Voie dont le siège est encore occupé par les Frci, forces armées pro-Ouattara. Drôle de « démocratie » que celle que vivent les Ivoiriens depuis plus de deux mois. En vérité, il s’agit d’un déni de démocratie qui se résume à l’allégorie du singe : ne rien dire, ne rien voir et ne rien entendre.
Didier Depry in Notre Voie