« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

La primature comme pot de vin


Le Pdci officiel est aux anges depuis avant-hier. Dramane Ouattara s’est déplacé spécialement comme à l’accoutumé chez Konan Bédié pour lui annoncer cette fois-ci que Guillaume Soro a lâché l’os. Qu’il peut désormais tenir son engagement en cédant la primature au parti qui a joué de tout son poids imaginaire pour qu’il l’emporte à la dernière présidentielle de 2010. Cela a d’ailleurs trop tardé. L’intrigue s’est noué entre les deux tours de la présidentielles et les termes s’éclairent nettement aujourd’hui : « abandonne tes réclamations et laisse moi y aller parce que de toutes les façons c’est moi qui détient les moyens nécessaires de dégager Laurent Gbagbo même si je perds. Quand j’aurai fini avec lui, je te donne la primature.» Les termes de l’accord étaient réalistes pour le PDCI qui non seulement n’avait aucune chance de l’emporter face à Gbagbo, mais était totalement infichu de bombarder un palais présidentiel pour s’installer. La certitude d’une primature face à l’incertitude d’une victoire, il faut reconnaitre que le sphinx de Daoukro a vu loin. Seulement, il n’avait pas compté avec la variable Soro qui a en fait pris la tête de la croisade contre le pouvoir de Gbagbo et qui ne pouvait pas vouloir moins que la tête du gouvernement Ouattara. Même si le pot de vin vient après une attente d’un an, on n’a pas tort de se réjouir au Pdci parce que ce n’était pas donné. Le notable de la rébellion de 2002 n’avait vraiment pas envie de lâcher un si gros morceau. On se demande en revanche si, au regard de tous les remous qu’il y a eu ces dernières semaines dans le vieux parti, il n’est pas trop tard pour espérer l’effet escompter de ce deal. Un parti politique doit aussi défendre des valeurs. Quel dépôt moral et quelle leçon politique le Pdci communiquera-t-il au peuple de Côte d’Ivoire s’il montre qu’il est désespéramment un parti de compromission, prêt à se prostituer au détriment de l’intérêt national ?



Joseph Marat

Wed, 07 Mar 2012 22:11:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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