Questions de fond
Sur le terrain, la tâche reste fort compliquée pour le nouveau président ivoirien. A ce jour, Alassane Ouattara n’a pas encore fait le choix de son propre chef d’état-major. S’agit-il, pour le chef de l’Etat, d’une stratégie militaire ou est-ce une véritable difficulté pour lui d’imprimer sa marque sur la grande muette? Bien malin qui saura ce que cache le maintien du général Philippe Mangou à la tête de cette armée hybride. Les deux armées à réunifier, faut-il le relever, ne sont pas, à l’origine, celles du président Ouattara. Pour ce qui est des Fafn, elles restent sous l’emprise du Premier ministre Guillaume Soro, qui occupe le poste de ministre de la Défense. Les ex-Fds semblent, elles, sous un contrôle partiel de l’ancien président Gbagbo, malgré les allégeances de la plupart des officiers de cette armée au nouveau régime. Conséquence, un mois après la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara, les militaires ivoiriens ont du mal, sur le terrain, à travailler en symbiose. Les quelques gendarmes qui ont repris le service, notamment à Abidjan, préfèrent faire des patrouilles avec les casques bleus de l’ONUCI plutôt qu’avec leurs frères d’armes des Fafn avec qui ils sont pourtant appelés à former la nouvelle force réunifiée. Ce qui coince dans l’affaire, c’est le manque de confiance entre les militaires des deux camps. Il nous est revenu, maintes fois, que des FDS qui ont tenté de reprendre le boulot aux côtés de leurs frères d’armes venus de Bouaké n’ont pas toujours été les bienvenus. «Je vous engage à changer de mentalité et de comportement pour rassurer nos concitoyens, offrir la paix à tous pour le bien de notre pays », avait pourtant dit Alassane Ouattara aux militaires, le 17 mars 2011, lors de la signature de l’ordonnance portant création de la nouvelle armée réunifiée. Le discours du chef de l’Etat n’aura pas permis de rapprocher davantage les deux armées ivoiriennes. La semaine dernière, un officier issu de l’armée des Fds, qui a requis l’anonymat, confiait que certains soldats qui ont repris le travail à l’appel du gouvernement Ouattara étaient continuellement menacés, et que d’autres auraient même été tués par des éléments Fafn. Si tous ces faits graves sont avérés, il apparaît évident que la réunification des armées, une question cruciale dans la gouvernance de Ouattara, pourrait longtemps piétiner. Par ailleurs, à la difficile gestion des hommes s’ajoutent les nombreuses revendications matérielles et financières des militaires, gendarmes et policiers. Il se murmure que les ex-combattants Fafn venus pour le combat d’Abidjan refuseraient de retourner au nord parce qu’ils n’auraient pas encore perçu leur »prime de guerre ». Certains ex- combattants Fafn qui n’ont pas la formation militaire requise, exigeraient de faire partie, ici et maintenant, de la nouvelle armée unifiée. Côté Fds, on réclamerait de nouvelles tenues militaires et on aurait exigé la réhabilitation des commissariats de police et des brigades de gendarmerie avant toute reprise générale avec les Fafn. Autant dire que la réunification des armées est un dossier chaud entre les mains du président Ouattara.
TRA BI Charles in L’Inter
Fri, 13 May 2011 01:29:00 +0200
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