« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

LARMES POUR BERNARD, BOTTEY, ZADI ZAOUROU.

Mardi 20 mars 2012 ! Un coup de fil. C’est mon amie et chère condisciple et collègue, Mawa Coulibaly-Bailly. A sa question : « Comment vas-tu ? »  Je lui réponds : « Assez bien ». Aussitôt, elle me demande :
« Tu n’as donc pas appris la mauvaise nouvelle ? » Quelle mauvaise nouvelle ? »
Après quelques secondes d’hésitation, elle lâcha d’une voix où se perçoit la douleur : «  Le Maître ! » « Il est parti ? » « Oui le Maître est parti ce matin ! »
Les regrets consécutifs à ce que toutes les deux nous avons projeté de faire avec le
Maître mais que nous n’avons pu faire nous submergèrent. Ma chère Mawa devait le revoir pour reprendre des articles à finaliser. Quant à moi,  c’était pour démarrer une série d’interviewes à bâtons rompus. Eh oui, les néophytes que nous sommes, étions loin d’imaginer que l’heure du grand départ sonnerait si tôt, bien que le sachant affaibli physiquement par la maladie. Je dis bien « physiquement », car, le Maître n’avait rien perdu de sa vivacité intellectuelle ni de sa verve des temps jadis. Ce 18 Février 2012 où il me fit l’honneur et l’amitié de me dédicacer deux de ses dernières publications, Anthologie de la Littérature Orale de Côte d’Ivoire et Gueule Tempête , une pièce de théâtre, il a parlé de sa passion de  la Littérature orale, de son désir de rencontrer la Ministre de l’Education Nationale aux fins de négocier l’introduction de ce qui a mobilisé ses énergies d’enseignant-chercheur des années durant, comme discipline à part entière dans les programmes d’enseignement du Second cycle du Secondaire de nos lycées.
Trois jours après l’annonce de la terrible nouvelle, les sanglots se sont tus, les larmes se sont estompées. En attendant la grande célébration digne de l’illustre disparu, je viens humblement mais avec respect et déférence m’incliner devant le Maître. Dire yako du fond du cœur à sa famille biologique. Yako à tata Henriette, l’épouse, la muse, l’amie, la complice, l’alliée. Celle qui, patiemment, avec foi en la bonté ineffable du Père, a soigné et guéri son âme. Nous croyais-tu ma chère tata lorsque nous échafaudions notre projet de ses grandes interviewes ? J’ai le net sentiment aujourd’hui qu’intérieurement tu souriais de la candeur de l’élève, mais également de celle du Maître pour qui le temps, le temps de l’initiation est ce temps en dehors du temps. Yako à tous ses enfants particulièrement à Zégbi, témoin de l’ultime souffrance de la douloureuse séparation. N’est-ce pas toi, mon cher Zégbi, le fils du père, qui a dû sécher tes larmes pour consoler ceux qui comme moi, avons appelé pour dire yako ? Yako à tous ses frères et particulièrement à Eugène Zadi, qu’on a souvent pris pour le fils.
Enfin, un yako particulièrement ému aux amis, aux collègues ; à mes condisciples, purs produits de la Grande Cuvée de l’éminent Professeur Bernard ZADI ZAOUROU. Nous sommes tellement nombreux ! Qu’il me soit donc permis de ne nommer personne! Nous nous connaissons et nous savons malgré l’immense douleur qui nous étreint que le Maître n’est pas parti ; car, tant que nous nous donnerons les moyens pour assumer l’immense et prestigieux héritage qu’il nous lègue, il vivra ! N’est-ce pas qu’il sera bientôt avec nous lors de la soutenance de la Thèse de Doctorat d’Etat de notre chère sœur,  de sa chère fille Dr ADOM Clémence ? Et je suis certaine que ce jour-là, nous l’entendrons, le fils du Nawa, et à ses côtés le cortège de ses Immortels : le Sage Ogotômelli, Koffi Kpékpé et Waï de Yacolo.  Nous apercevrons également, plus près de lui, ces autres grands diseurs de symboles, ses maîtres,  Gbazza Madou Dibéro, le maître du wigweu, maître du chant sifflé dont la voix, jamais ne s’enroue et Césaire, Aimé Césaire le grand !
Le Maître s’en va, le Maître est parti ! Mais, il est là, tout près et tout proche ! Séchons nos larmes et préparons-nous sereinement à l’ultime célébration.
Enfin, Prions pour que le Seigneur lui accorde de passer de ce monde au Royaume, dans la Pâque de son Fils.

Dr Agnès Monnet,
Maître-assistante,
Section, Lettres Modernes de
l’Ecole Normale Supérieure d’Abidjan.

Thu, 22 Mar 2012 14:16:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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