Quant à savoir d’où ont été pris ces clichés aériens, Barthélémy Obiénéré Ouattara n’en doute pas un instant : lorsqu’il était encore en poste au camp commando d’Abobo, il apercevait régulièrement des hélicoptères de l’opération française Licorne, tournant au-dessus du camp. « C’était un exercice d’espionnage ? », demande N’Dry Claver. « Je ne peux pas utiliser ce mot », rétorque le témoin, précisant que de son point de vue, la force Licorne était une « force impartiale », de par son mandat onusien.
Obiénéré, mêlé ni de loin ni de près, dans l’arrestation de Gbagbo
La défense revient finalement sur le jour de l’arrestation de Laurent Gbagbo, présentant au témoin une vidéo. Sur ces images, on voit l’ancien président ivoirien et son épouse, devant les caméras, dans une pièce de l’Hôtel du Golf. « Vous étiez dans cette salle » demande l’avocat ? « Oui. C’est pour ça que j’ai pu voir le fils de Laurent Gbagbo blessé à la tête », atteste le témoin qui précise que c’est dans cette même chambre qu’il dormait habituellement. « Vous n’avez eu aucun rapport avec les actions sur le terrain menées pour l’arrestation de Laurent Gbagbo ? », demande alors Me Ndry, s’étonnant que l’ancien président ait été amené dans la chambre du capitaine. « Je n’ai pas pris part à un quelconque combat et encore moins aux opérations qui ont conduit à son arrestation », insiste le témoin, précisant que « la chambre avait été réquisitionnée pour Laurent Gbagbo et sa famille ».
Suite à l’interrogatoire de la défense, c’est au tour des juges de réclamer quelques précisions. Le président de la Chambre est notamment revenu sur l’installation d’une batterie de mortiers au camp commando d’Abobo, évoquée plus tôt par le témoin. « Selon votre déclaration, l’officier qui voulait utiliser ces mortiers a dit qu’il avait reçu l’ordre de la présidence. Comment avez-vous eu cette information » ? demande le juge Cuno Tarfusser. Le témoin réplique qu’il a pu entendre des bribes d’une conversation entre cet officier et le chef du poste de commandement du camp commando d’Abobo. Ce dernier lui a ensuite rapporté l’intégralité de la discussion.
Suite à ces précisions et avant que Barthélémy Obiénéré Ouattara ne quitte définitivement le prétoire, toutes les parties ont tenu à le remercier d’avoir témoigné à visage découvert, un pas essentiel « pour la recherche de la vérité », selon les propos du substitut de la procureure, Eric MacDonald. « C’est un signal très important que nous essayons d’adresser au monde et plus particulièrement au peuple ivoirien », a pour sa part noté le président de la chambre. Le témoin a lui aussi remercié l’ensemble de la Cour. « J’avais des raisons de craindre cette audition », a-t-il avoué, ajoutant qu’avec « toutes ces toges noires, ça n’a rien de rassurant ». « Vous avez su me rassurer et j’espère que mon témoignage a servi les deux côtés dans la recherche de la vérité », a-t-il conclu avant d’être escorté vers la sortie.
Fri, 09 Sep 2016 08:02:00 +0200
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