« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

Le couple ADO – HKB en Côte-d’Ivoire: Un mélange des genres

Par Ruben Boni

Durant la décennie de crise qu’a connue la Côte d’Ivoire, deux personnages clés de la politique ivoirienne vont se distinguer, de manière inattendue. Il s’agit d’Alassane Ouattara (ADO) et d’Aimé Henri Konan Bédié (HKB). Réunis malgré eux (opposition), les deux figures politiques vont se rapprocher au point de développer une relation presque fraternelle. Faisant ainsi table rase de leur passé conflictuel. Un passé marqué par des luttes politiques mesquines, une chasse à l’homme et des discours violents et sectaires.

1993. Félix Houphouët Boigny, premier président de la République de Côte d’Ivoire, tire sa révérence, s’ensuit les premières querelles entre ADO et HKB. Henri Konan Bédié, soupçonne Alassane Ouattara de vouloir s’emparer par la ruse du pouvoir présidentiel. Une position qui lui est constitutionnellement dévolu. Dès lors l’ancien président du vieux parti, le PDCI alors président de l’assemblée nationale va organiser la mise à l’écart d’Alassane Ouattara.

1995. Avant les élections présidentielles, le concept d’ « ivoirité » fait son apparition. On rappelle à qui veut l’entendre que « le candidat à l’élection présidentielle… doit être ivoirien d’origine, né de père et de mère eux même ivoiriens d’origine ». Alassane Ouattara renonce, pour cela, à se présenter et boycotte les élections.

Novembre 1999. À quelque dix mois de la prochaine échéance électorale, un mandat d’arrêt est émis à l’encontre d’ADO pour « faux et usage de faux » concernant ses cartes d’identité ivoiriennes. Contraint à l’exil et contrarié, Alassane Ouattara promet à ses partisans et militants (RDR) : « je rentrerai dans mon pays avant la fin de l’année.» Le 24 décembre 1999, un coup d’Etat militaire vient chasser le sphinx de Daoukro, du pouvoir. Quelques jours plus tard, le 29 décembre, ADO tient promesse. Il est accueilli en héros, sur le sol ivoirien, par ses partisans.

À partir de ces évènements, les deux hommes se regardent en chiens de faïence. Ce n’est qu’en 2003, à l’occasion des accords de Linas Marcoussis, que le rideau de méfiance va tomber. Une relation d’ainé à petit frère se crée entre eux, au fil des rencontres, mais pour un objectif commun, re (conquérir) le pouvoir. Une nouvelle relation qui débouche sur une union, la création d’une alliance politique, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), dont l’objectif clairement affiché est de faire tomber leur adversaire commun, Laurent Gbagbo. Chose qui survient avec le soutien du PDCI de HKB pour la candidature d’ADO, au deuxième tour à la présidentielle d’octobre 2010.

Pendant la crise postélectorale et bien après, Alassane Ouattara ne manque pas une seule fois l’occasion de témoigner sa gratitude à Bédié. Il sollicite son aîné dans la gestion des affaires de. ’Etat. Le président du présidium du RHDP y est si souvent associé que l’ivoirien lambda le surnomme « le Vice-président ». Les places publiques, les centres de santé, les édifices (le pont Henri Konan Bédié), portent son nom et même ceux de son épouse. En retour, HKB lui réaffirme son soutien (l’appel de Daoukro) pour sa réélection en 2015. Alassane Ouattara remporte ces élections, haut les mains, créditée de 83,66% devant une opposition quasi-inexistante.

En fin de compte, pour les Ivoiriens, ce qu’il faut retenir de cette histoire, est qu’en politique, tout est possible. Les pires ennemis, peuvent devenir les meilleurs amis et vice-versa. Le cas ADO-HKB, n’est pas le seul exemple. Souvenons-nous de l’amitié Blé Goudé-Guillaume Soro, de l’alliance Gbagbo-ADO en 1995, du retour de Dona Fologo, plus récemment au PDCI, etc. Et qui sait ce que nous réserve l’avenir !

À nous jeunes de Côte d’Ivoire, soyons modérés dans nos prises de position. Ne perdons pas notre temps à défendre des personnes, mais défendons plutôt nos idées. Non pas avec la force de nos bras, mais avec la force d’une argumentation solide et courtoise. C’est à ce prix que nous réussirons à faire de notre pays, la Côte d’Ivoire, un havre de Paix.

Source : ivoirejustice.net

Ivoire Justice met en avant des personnes qui ont envie de s’exprimer sur des sujets particuliers ou qui ont simplement des histoires engageantes à raconter. Leurs opinions ne reflètent évidemment pas celles du site Ivoire Justice.

Fri, 12 Aug 2016 12:05:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

3 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.