« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Le Fpi a- t- il encore la capacité d’être une véritable force d’opposition ?

Près de deux ans après sa perte du pouvoir le Front populaire ivoirien (Fpi), le parti de l’ex-Président Laurent Gbagbo, peine encore à se restructurer pour être la principale force politique de l’opposition. La plupart de ses principaux dirigeants sont en résidence surveillée ou emprisonnés, dans l’attente d’un jugement, pour crime de sang, enlèvement, torture, assassinat et crime économique. Une grande partie d’entre eux vit en exil pour des raisons que chacun sait en son âme et conscience.
Plusieurs de ces cadres exilés sont revenus en Côte d’Ivoire, volontairement ou encouragés par le gouvernement, et n’ont jamais été inquiétés par la justice. Quelques dirigeants du Fpi ont été également libérés, après des mois d’incarcération. Certains ont même repris leurs activités politiques, mais, malheureusement, mènent une vie d’opposants très timides. Tout cela donne l’impression d’une totale incapacité et absence de l’opposition. En réalité, elle semble complètement anéantie par sa perte brutale du pouvoir, mais surtout par l’absence de son président qui représentait, à lui tout seul, toute la force et la légitimité du Fpi et de ses alliés. Aujourd’hui, ce parti tente difficilement de se reconstruire. A aucun moment, lors de ses dix années de pouvoir, ses dirigeants avaient imaginé qu’ils pourraient retourner si tôt dans l’opposition, privés de tous les privilèges qui constituent la puissance de la majorité au pouvoir. Ce brusque retour dans l’opposition, qui était prévisible, sonne comme une descente dans les abysses les plus ténébreux, où la navigation se fait à vue. Ce sont donc des cadres encore sonnés et abasourdis par cette perte du pouvoir, pourtant garanti par des hordes de prédicateurs, illusionnistes et vendeurs d’armes, qui tentent de comprendre comment ils en sont arrivés là. Les rares qui peuvent encore reprendre financièrement le parti en main et lui redonner une forme digne d’un véritable parti d’opposition, n’osent pas s’afficher. Ils pourraient être mal vus et considérés comme des traîtres qui profitent de l’absence du chef et des principaux leaders pour se positionner. De ce fait, personne n’ose se faire remarquer, de peur d’être décapité par ses propres camarades. Curieusement, c’est le moment qu’a choisi Blé Goudé pour transformer le Cojep en mouvement politique en espérant, sans doute, occuper le vide laissé par la peur de l’engagement politique de ses aînés en liberté en Côte d’Ivoire. Pour lui, comme Soro Guillaume, son camarade de la Fesci, il fait désormais partie de la relève politique de ce pays. Curieusement encore, le jour même de son arrestation, alors qu’on s’attendait au boycott par le Fpi de la réunion prévue avec le gouvernement, son président par intérim a déclaré que cela ne changeait rien au processus de dialogue direct qui était engagé avec l’exécutif. Le général de la rue a dû apprécier. Serait-il devenu une menace et si encombrant pour les nouveaux dirigeants du Fpi qui négocient, en ce moment ?

Pour ces élections locales, reportées à leur demande, beaucoup de leurs cadres ont préféré se mettre sur des listes indépendantes, de manière à avancer masqué afin de se refaire politiquement. Cette réalité crée, de fait, d’énormes difficultés à ce parti qui peine à se reconstituer. Il est donc obligé de gagner du temps avec de multiples négociations, des demandes d’amnistie générale et autres impératifs difficiles à satisfaire. Il ne faut pas donner l’impression au chef et aux camarades détenus que ceux qui sont dehors veulent occuper l’espace resté vacant par leur arrestation en participant à ces élections. Or, ce parti a tout intérêt à faire comme le Rdr en 2001, pourtant dans l’opposition. Participer aux élections, mobiliser leurs troupes, assumer la relève politique, gagner le maximum de villes et régions pour mieux peser dans l’espace politique national et être en position de force pour négocier la libération de ses camarades. Malheureusement, vu les exigences de ses dirigeants, personne ne serait surpris de ne pas voir le Fpi prendre part à ces élections, et ce serait dommage pour ce parti et pour la démocratie. Notre pays qui se veut démocratique a pourtant besoin d’une véritable opposition forte.

Marcaire Dagry in FRATERNITE MATIN

Wed, 13 Feb 2013 14:34:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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