« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Le grand oral

Une importante délégation du Conseil de Sécurité de l’ONU est en Côte d’Ivoire depuis hier pour une durée de trois jours. On parle dans son agenda d’une évaluation générale de la situation de sortie de crise qui implique l’examen sur le terrain des « progrès réalisés dans les domaines de la réforme du secteur de la sécurité et du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion des combattants, de la situation sécuritaire, de la réconciliation nationale, de la bonne gouvernance, de la lutte contre l’impunité et de la consolidation de l’Etat de droit, en particulier de la justice… » Dramane Ouattara s’attendait-il à cette descente des examinateurs de l’ONU?
On comprend certainement mieux pourquoi l’homme a dressé son bilan sur RFI ces jours-ci. Une façon de signaler à la communauté internationale qui l’a adoubé hier et qui vient l’évaluer aujourd’hui qu’il a tout bien fait. « Si les Ivoiriens s’impatientent, c’est parce que tout va bien ». Voici la formule avec laquelle Dramane Ouattara tenait à accueillir ses hôtes onusiens.
Tout compte fait, ce n’est jamais de gaieté de cœur que les enfants se présentent à un examen. Même quand ils sont très brillants, ils n’ont jamais la certitude d’être très en forme le jour j. A plus forte raison le chef de l’Etat d’un pays souverain qui ne devrait avoir de compte à rendre qu’à son peuple. Juste une année après lui avoir remis les rênes du pouvoir ivoirien, l’Onu est venu lui demander ce qu’il en a fait. Il a beau se précipiter, comme à son habitude, pour dire qu’il n’y rien à signaler, la préoccupation demeure pour tout observateur attentif de la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire: Dramane Ouattara peut-il réussir son examen de contrôle?
Quelqu’un a écrit quelque part que les amis de Ouattara l’ont lâché. Cela ne semble pas loin de la vérité parce qu’en temps normal ses amis de la communauté internationale auraient fermé les yeux sur le déroulement de son mandat. Sinon comment le «Bravetchè» peut-il justifier la nomination dans son administration des personnes qui sont sous le coup des sanctions onusiennes? Que va-t-il dire du désarmement et convaincre quand on sait que le cités universitaires et les rues sont toujours occupées par les supplétifs en armes?
Pour la réconciliation, va-t-il leur dire que Banny a tellement réussi que la balle est désormais dans le camp du Premier ministre Jeannot Ahoussou? Pour la bonne gouvernance avec quoi va-t-il blanchir les Bictogo et consorts qui disent: «Oui, j’ai détourné mais je vais rembourser»? Quant à la justice, Dramane Ouattara peut-il encore convaincre quelqu’un qu’il n’est pas dans une logique de la tyrannie du vainqueur? Si examen il y a, Dramane n’a-t-il pas déjà échoué?

Joseph Marat

Thu, 24 May 2012 01:25:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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