« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Le mal de l’approche ethnique des peuples (1)


Sait-on pourquoi parle-t-on d’ethnologie quant il s’agit des études scientifiques portant sur la connaissance des peuples africains et de sociologie quand il s’agit des autres peuples, pour ne pas de façon facile dire des peuples d’Occident ? A l’occasion du débat qu’à suscité cette réflexion sur les ethnies, j’ai eu l’honneur de partager le déjeuner d’un de mes maîtres qui a lu l’œuvre de Jean Lou Anselme et de Elikia M’Bokolo intitulé ‟Au cœur des ethnies". Oppressé par les exigences d’un autre ordre, je fus obligé d’écourter ce commerce très nourrissant. J’eus néanmoins le temps de comprendre une chose importante sur la façon dont a été scellé notre destin depuis des temps immémoriaux. Pour faire vite, il a simplement essayé de me faire comprendre que l’ethnologie n’est pas une approche aussi scientifique qu’on pourrait le penser. Elle émane en tant qu’étude des peuples primitifs du continent, d’un choix calculé de l’administrateur colonial. Pour les Ivoiriens qui sont familiers à ce nom, l’administrateur colonial Delafosse avait le choix entre l’ethnie et la lignée dans son étude des peuples qui habitaient le territoire ivoirien. Il a fait le choix de la catégorisation ethnique parce que selon mon interlocuteur, cela servait mieux les intérêts du système colonial. L’étude des lignées l’aurait conduit à établir des relations transversales entre les peuples. Laquelle méthode conduit systématiquement tout chercheur à se rendre compte que tous les hommes sont liés dans le seul concept d’humanité. Parce que dans une lignée, par le mécanisme des mariages et des alliances interfamiliales, on peut retrouver lié dans une même unité lignagère, un noir, un jaune, un blanc et même un rouge…Et en suivant cette ligne sur laquelle les traits de démarcation des couleurs disparaissent par le métissage et le mélange, on se rend aisément compte qu’on est en train de parcourir la toile de notre simple humanité. Là où l’étude des lignées établit donc les ponts entre les hommes et montre qu’ils appartiennent tous à la même espèce pour forger leur mentalité contre la méchanceté inutile, au sens où si selon la sagesse indoue, l’autre est moi, le mal contre l’autre est un mal contre moi-même, l’approche ethnique de nos sociétés est cloisonnante et pernicieuse. Comment ?…


Joseph Marat

Sun, 18 Mar 2012 22:55:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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