« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

«Le parrain» de Ouattara dans la tourmente

Même si l’’Afp n’a pu obtenir l’estimation de la police, il convient tout de même de noter que cette énième mobilisation de l’opposition burkinabè montre à quel point Blaise Compaoré est de plus en plus plongé dans la tourmente. Le «parrain» de Ouattara continue de faire face à cette fronde. M. Compaoré risque fort de payer cash son outrecuidance à tenir tête à une bonne partie de la population qui ne veut plus de lui au pouvoir. On se rappelle qu’au sommet Usa-Afrique en début du mois d’août, Blaise Compaoré a même défié le Président Obama affirmant que «ce sont les hommes forts qui font des institutions fortes». En réponse certainement au Président des Usa qui recommandait une alternance démocratique en ces termes.
Un pays a besoin des institutions fortes. «Les réalités africaines sont loin d’être celles des Usa», a sensiblement rétorqué le Président du Faso. A peine quelques semaines après avoir soutenu cela, que l’opposition revienne à la charge. Cette fois plus déterminée que jamais à dire non à Compaoré qui ambitionne de se représenter à l’élection présidentielle de novembre 2015 en modifiant l’article 37 de la Constitution de son pays, ouvrant ainsi la voie à un «référendum biaisé». Samedi 23 août, le parrain d’Alassane Ouattara a constaté de visu la réalité du terrain. Les opposants au chef de l’Etat, rassemblés derrière leurs leaders politiques Zéphirin Diabré et Roch Marc Christian Kaboré, ont scandé des slogans tels que “Libérez Kossyam” (le palais présidentiel), “Non au référendum”, “Assez de la dictature de Compaoré” ou encore “Pas besoin d’un homme fort au Burkina”.
Des propos si bien relayés par l’Afp, qui en disent long sur le climat qui prévaut au Burkina Faso. De toute évidence, la population s’est mobilisée “massivement” “contre un pouvoir à vie”, s’est réjoui M. Kaboré, ancien proche du chef de l’Etat devenu président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP – opposition). “Que ces velléités-là restent des velléités qui ne seront jamais traduites dans la réalité !”, a-t-il lancé, lors d’un meeting suivant la manifestation. Le président arrivé, il y a 27 ans, au pouvoir par un coup d’Etat, en 1987, qui termine son deuxième quinquennat après avoir effectué deux septennats, avait évoqué la tenue d’une telle consultation populaire en décembre. Le 18 janvier 2014 , une marée humaine avait déjà défilé à Ouagadougou contre un potentiel référendum, que l’opposition avait estimée à 100.000 personnes, contre 10.000 pour la police.
Une source diplomatique avait évalué à 50.000 le nombre de participants. “La majorité est maintenant du côté de l’opposition”, a remarqué Ablassé Ouédraogo, ancien ministre de Blaise Compaoré devenu président du parti “Le Faso autrement” (opposition), qui a appelé les tenants du régime à “faire leurs bagages” car “novembre 2015 sera l’heure pour eux d’arriver à quai”. M. Compaoré ne s’est lui-même pas officiellement prononcé sur sa candidature à l’élection présidentielle de 2015.
Contrairement à son poulain, Alassane Ouattara qui l’a fait en indiquant qu’il sera candidat en octobre 2015. Alors que son cas pose encore un problème de droit. Ouattara va-t-il se mettre à dos le peuple ivoirien ? Comme tente vainement de faire son parrain Blaise Compaoré face à une opposition déterminée à lui barrer le chemin.

Toussaint N’Gotta
In Le Temps

Thu, 28 Aug 2014 10:20:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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