On se rappelle. Lors d’une interview télévisée face à notre consœur Agnès Kraidy et le Dg de la Rti d’alors, Pascal Brou Aka, Kraidy avait posé cette question au chef de l’Etat Alassane Ouattara : « Quelle est votre part de responsabilité dans ce qui a été ? » Et Ouattara était passé aux aveux en ces termes : « Je pense qu’il y a eu de l’impatience pour ma part, de la part de certains qui m’ont accompagné. Il y a eu des sentiments de graves injustices qui ont provoqué des colères, qui ont conduit à des manifestations qui ont débouché sur des morts. Ce n’est pas comme ça que je vois la Côte d’Ivoire, que je voyais mon combat.» Alors, quand on a écouté cela, après avoir vécu le drame ivoirien, et qu’on entend Ouattara demander au Fpi de demander pardon aux Ivoiriens, on se demande où on est.
Les actes de Ouattara étaient bien mûris, prémédités. Il a promis de « mélanger » ce pays, donc avec lui, ses habitants. Il a promis le rendre « ingouvernable », avec ce que cela comporte de conséquences pour les habitants. Son parti a monté une rébellion pour mettre en œuvre tous ses projets annoncés lors des meetings publics. La rébellion a éclaté, coulant le sang. Elle a mélangé le pays, l’a rendu ingouvernable comme promis. Il y a eu donc des drames à cause de son « impatience » et des « des manifestations (de ses partisans) qui ont débouché sur des morts). C’est cette même « impatience », qui a suscité la naissance de la rébellion sanglante du Mpci, l’a poussé en 2010, à refuser le verdict du Conseil constitutionnel déclarant Laurent Gbagbo vainqueur de l’élection présidentielle. C’est cette même « impatience » brutale qui l’a fait préférer la guerre au recomptage des voix.
Conséquence : de nombreuses victimes dont officiellement plus de 3.000 morts. Où est donc la responsabilité du Fpi ? Ouattara a parlé de sentiment d’injustice. Mais un sentiment n’est qu’un sentiment. Il n’est pas toujours justifié. On peut donc commettre un crime sur la base d’un sentiment et se rendre compte plus tard qu’on s’est trompé. La preuve, « plein » de choses avaient été dites à la charge de Laurent Gbagbo pour le condamner à la Cour pénale internationale. Mais, la même Cour vient de déclarer que les preuves contre lui sont insuffisantes. Si donc, à cause d’un simple « sentiment d’injustice », Ouattara et son clan ont mis la Côte d’Ivoire en difficulté, ils ne doivent pas culpabiliser le Fpi, parti au pouvoir, qui avait entre ses mains la protection des Ivoiriens attaqués par la rébellion. Ouattara aurait aimé que Gbagbo abandonnât alors le fauteuil présidentiel pour lui faciliter sa prise du pouvoir.
Mais pourquoi lui-même se barricade si rudement aujourd’hui, si l’on devait se comporter de la sorte ? Pourquoi n’avait-il pas abandonné le Palais au moment où il y avait des attaques ici et là ? La personne qui a plongé ce pays, c’est bien Alassane Ouattara, à cause de son « impatience » et sa soif du pouvoir. Tous les grands malheurs de la Côte d’Ivoire sont liés à cette « impatience » qu’il a eu l’honnêteté d’avouer. Mais il ne suffit pas de l’avouer. Il faut l’assumer, en ne calomniant plus l’autre. C’est donc lui Ouattara qui doit demander pardonner aux Ivoiriens et au Fpi, pour l’avoir empêché de dérouler son programme pour lequel le peuple l’avait élu en 2000.
Germain Séhoué in Le Temps
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