Recevant une éducation chrétienne solide – au collège, une de ses occupations favorites est de traduire du latin des textes bibliques – et influencé par l’islam – notamment par la famille de son père et sa femme, Mariam Sankara – il n’hésite pas à s’inspirer des textes religieux [i]. Certes, comme le note Bruno Jaffré, son biographe le plus célèbre, le sankarisme reste « un concept à définir ». Mais il est possible d’en brosser les grands traits. Deux choses guident la politique de Thomas Sankara : son sens aigu de la justice et son amour du peuple. La lutte contre la pauvreté est donc son premier combat. À ce propos, Bruno Jaffré, écrit : « L’essentiel pour lui est bien d’améliorer les conditions de vie des populations. Il se voue totalement à cet objectif » [ii]. La lutte contre la corruption est également un impératif. Nous pouvons aussi ajouter au programme : anti-impérialisme, alphabétisation, redressement économique et productif, réformes sociales.
L’homme devient rapidement une figure populaire en Afrique et dans tout le tiers-monde. La romance entre le leader et son peuple a duré un peu plus de quatre ans. Car, le 15 octobre 1987, Sankara est trahi par son bras droit, Blaise Compaoré. Le Président est assassiné avec les complicités présumées de François Mitterrand, Jacques Chirac et Mouammar Kadhafi. L’histoire pourrait s’arrêter là, si les opinions politiques du révolutionnaire burkinabè ne restaient pas autant d’actualité. Mieux : quand nous voyons comment notre Union européenne marche sur la tête, il est temps de se demander si une forte dose de sankarisme ne pourrait pas nous sauver…
« Nous préférons un pas avec le peuple que 10 pas sans le peuple » : un exemple pour la construction européenne ?
« Nous préférons dix pas sans le peuple qu’un avec » pourrait parfaitement remplacer la devise actuelle de l’Union européenne, In varietate concordia (« Unis dans la diversité »). La construction européenne est devenue un dogme en elle-même. Seule compte l’intégration, peu importe l’avis des peuples européens. Les exemples récents sont nombreux. Nous nous rappelons tous du traité constitutionnel de Rome de 2004 et du référendum français. En revanche, nous oublions vite que le référendum était plus l’exception que la règle : sur les 25 pays concernés, 15 avaient choisi de bâillonner leurs citoyens en passant directement par la voie parlementaire. Qui connaît l’importance juridique de ce traité ne peut y voir qu’un déni de démocratie. Alors que le double « non » franco-hollandais aurait dû enterrer à jamais ce traité, nos dirigeants ont eu la bonne idée de nous le refourguer en 2008 sous le nom de traité modificatif de Lisbonne. Cette fois, seuls les Irlandais ont leur mot à dire et les 24 autres peuples européens se font tout simplement entuber. Rebelote avec le TSCG de 2012 qui touche à la souveraineté des États européens sans que personne n’ait le droit de se prononcer. Sans oublier le gentil mensonge de François Hollande qui avait promis de le renégocier en cas d’élection. À chaque fois, un seul et même argument est avancé : l’Europe doit aller de l’avant et les peuples européens ne doivent surtout pas enrayer le mouvement. Nos dirigeants se méfient des citoyens comme de la peste et les méprisent, considérant qu’ils sont trop bêtes pour savoir ce qui est bon pour eux.
Mais, comme l’a si justement dit Sankara : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ». C’est pour cela qu’il a décidé d’impliquer le peuple aux décisions du pays, celui-ci ayant la capacité d’infléchir la politique nationale. Dès son arrivée au pouvoir, le Burkinabè) crée les CDR (Comités de défense de la Révolution), conseils qui ne sont pas sans rappeler les soviets russes. La population – qui adhère massivement – peut y exercer dans son ensemble un pouvoir local qui agit également sur le pouvoir national. Car, comme l’expliquait le leader, une politique qui se met en place en faisant taire une partie des citoyens est illégitime. En réalité, nous pouvons le dire, Sankara n’agissait que pour le bien de son peuple… Europe, entends-tu ?
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Sun, 26 Oct 2014 18:03:00 +0100
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