Thibault, comme des dizaines d’internautes chaque jour, s’est fait piéger par un arnaqueur à la webcam. Les photos et les vidéos de «Panthère noire du désert» étaient des extraits prélevés sur d’autres sites, et Thibault un «mougou», un pigeon dans le jargon des arnaqueurs. Thibault a refusé de payer et ignoré les messages de la panthère noire. Mais «certains payent jusqu’à 10.000, 20.000, ou même 50.000 euros», affirme Annie Roser, vice-présidente de l’association Aven Europe, qui prend en charge les victimes de ces arnaques. Car une fois que le «mougou» accepte de payer, un engrenage infernal se referme sur lui. Après le chantage à la vidéo, il reçoit de fausses lettres officielles lui sommant de régler une amende, arguant que la personne avec qui il a chatté était mineure et qu’il est coupable de pédophilie. Les documents sont grossiers et pleins de fautes d’orthographe, mais la victime, souvent honteuse, ne demande pas d’aide et devient une proie facile.
«Ils ne reculent devant rien, emploient des mots très violents, téléphonent plusieurs dizaines de fois par jour, explique l’avocat Lionel Febbraro, qui a défendu plusieurs victimes de ce type d’arnaque. Le fils d’une de mes clientes a reçu une vidéo d’elle nue! L’escroc lui disait qu’il allait “détruire sa vie, qu’elle n’était plus rien, qu’elle était morte.”» Des menaces d’une violence telle qu’elles ont déjà conduit plusieurs personnes au suicide. A Brest, un adolescent s’est pendu en octobre après avoir été victime de chantage à la webcam. C’est le troisième suicide connu à cause de ces arnaques.
«Merci Seigneur d’avoir créé ce monsieur grâce à qui je suis riche»
De l’autre côté de l’ordinateur, se cachent des professionnels de l’arnaque. On les appelle les brouteurs d’Abidjan car un grand nombre d’entre eux officient depuis la Côte d’Ivoire. Brouteur, en référence au mouton, qui se nourrit sans effort. Ils passent leurs journées dans les cybercafés, courant plusieurs lièvres à la fois. Sur leurs pages Facebook, certains se vantent de leur force de persuasion, comme sur cette image où un brouteur remercie ironiquement sa victime. «Merci Seigneur d’avoir créé ce monsieur grâce à qui je suis riche», écrit le brouteur. «Ils vont continuer à payer», commente un de ses amis.
«On reconnaît tout de suite un brouteur, explique Dje Km, journaliste ivoirien qui a enquêté sur le phénomène. Ils ont de grosses voitures, sortent dans les restaurants et boîtes de nuit de luxe, étalent leur richesse, achètent des bouteilles de champagne.»
lefigaro.fr
Sat, 08 Dec 2012 11:30:00 +0100
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