« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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LES DAMNÉS

Au sommet de l’Etat, c’était le tribalisme, le népotisme, la xénophobie, l’adophobie, la sorophobie. En un mot, tous les maux qui empêchent un Etat de devenir un pays émergent. Nous avons donc pris les armes pour tuer ces maux. Nous avons fait du nord notre espace de jouissance. Là bas, nous avons instauré la justice en chassant ceux qui n’étaient pas des nôtres. Nous avons agi comme les éléments de Boko Haram au nigéria. Tous les indésirables, les pestes ont été éconduits dare-dare. Nous ne dirons pas que nous avons égorgés certains. Le dire serait faire un pléonasme. Nos maitres qui veillaient sur nous comme de l’huile sur le feu, ne nous ont jamais laissé tomber. Nous pensons à notre colonisateur, à notre ancien puschiste devenu la star de l’Afrique de l’ouest, à nos maîtres qui ont légué leurs sièges à leurs rejetons. A tous ces dictateurs des temps modernes, nous disons merci.
Et voilà que nous sommes aujourd’hui aux affaires. Les affaires sales comme les affaires pourries sont entre nos mains. Les belles affaires qui sont à cheval entre le gré à gré et les retro commissions, les affaires dans lesquelles la corruption est la maitresse des lieux ; Toutes ces affaires qui nous font saliver, sont entre nos mains.
Ayant donc tout, c’est le temps de créer des damnés. A Adjamé, ou à Abobo, ont dit que ce sont des maudits. D’autres mêmes nous rendent plus honneur en les traitant d’enfants de malheur. Mais nous, par pudeur et pour faire politiquement correct, nous les appelons les pro-Gbagbo ou encore refondateurs. Notre objectif est de bâtir une société démocratique, une société repus de liberté. Cet objectif colle bien avec les raisons qui nous ont poussé à prendre les armes. Mais ce qui change c’est que nous avons décidé de bâtir cette société sans ces refondateurs.
Nous sommes donc dans une nouvelle société, celle rêvée depuis le jour où nous avons cousu notre charte du nord. Elle est là sous vos yeux, notre politique de promotion d’une société égalitaire. Elle est le prolongement de celle que nous avons instauré au nord depuis 2002. Cette fois-ci, puisque nous jouissons de la plénitude des compétences, nous ne rangeons pas nos serres. Tous les damnés sont en prison. Le fondateur du club des damnés est à la haye. Le président de son club est dans notre Guantanamo du nord. Le premier vice-président et son second sont aussi là bas, là où nous totutrons les damnés. D’autres sont avec eux. Même le Secrétaire Général par intérim de ce club est en prison. D’autres le suivront car il est écrit que si la promesse dure, attend là, elle s’accomplira certainement. Nous vous avons promis l’enfer, soyez certains, l’enfer s’abattra sur vous sans pitié, brutalement. La promesse s’accomplira. Bientôt dans notre pays on parlera de ces damnés au passé composé. Nous leur avons fermé la bouche. Ils n’ont plus droit à la télévision, il n’ont plus droit à la radio qu’ils financent par leurs impôts. La seule chose dont ils bénéficieront sous notre règne, c’est bien le silence. Et malheur à eux si ce silence est bruyant.
Qu’ils sont idiots ces damnés ! Ils ont eu la malchance de faire de nous des pupilles de la nation. Pendant qu’au nord, notre régie financière nous fournissait de la graisse, certains de nos camarades s’enrichissaient aussi au sud. Ils avaient donc un double salaire. Payés au nord par le fruit de nos pillages, payés au sud par le fruit de la bonté du chef des damnés. Qu’ils sont idiots ces pro-Gbagbo, refondateurs ! Qu’ils sont idiots !
Ils ne nous ont pas traqué. Jamais ils n’ont tenté de brimer nos leaders, le gros ventre et le guide suprême ont toujours été libres. Ils n’ont jamais été effrayés. Ils nous disent qu’ils le faisaient pour la paix, la réconciliation, la démocratie. Mais ces messieurs n’ont rien compris. La meilleure démocratie, en tout cas, selon nous, c’est celle qui met en place une société où les vainqueurs font des vaincus des damnés.
Pendant que nous les traquons, nos stratèges en communication bassinent le monde avec des termes hypocrites qui appellent à la réconciliation. Nous le faisons sciemment car au fond, notre désir n’est pas de réconcilier les ivoiriens, mais de les diviser pour mieux régner. Sinon comment comprendre que pendant que nous disons que nous tendons la main, nous emprisonnons ceux à qui nous tendons la main. Comprenez par cette stratégie qu’on ne discute pas avec les damnés. Ne croyez guère ceux qui disent qu’il s’agit de combattre l’impunité. Non chers messieurs. Vous êtes des damnés. C’est tout.
Que Dieu sèche les larmes des damnés.

Alain Bouikalo
bouikhalaud10@gmail.com

Sun, 09 Sep 2012 19:04:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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