« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

Les intellectuels de Ouattara ont du mal à le rester

C’est un ami pour qui j’ai un énorme respect. Je l’ai connu à l’université d’Abidjan. Fuyant le régime de Paul Biya, il a transité par la Côte d’Ivoire avant de se rendre en France où il vit avec une Ivoirienne. Mon ami Franklin Nyamsi a donc une triple nationalité. Il est, dans l’ordre, Camerounais, Ivoirien et Français. En France où il vit, il est Agrégé de philosophie et enseigne aux descendants de Descartes “le penser”. Je suis fier et je me réjouis pour les enseignés parce que j’ai été moi-même enseigné par l’homme qui a une maitrise incontestable de la matière philosophique. Après l’avoir perdu de vue une dizaine d’années durant, j’ai retrouvé mon ami sur la toile, ensuite physiquement, lors d’un colloque international à Abidjan sur la renaissance africaine après le bombardement par la puissance prédatrice de ce qui nous restait encore d’institutions républicaines. J’ai été un peu surpris que nous n’ayons pas la même vision sur la crise Ivoirienne. Après quelques échanges il me dit ceci : « ça sert à rien, tu n’y arriveras et moi je sais que je n’y arriverai pas. Tu es Gbagboiste et moi Dramaniste. Aucune de nos discussions n’y changera rien ! » Et une fois encore il n’avait pas tort. Pourquoi, moi qui a les yeux bandés quand il s’agit de Gbagbo, j’insisterai pour que les autres les ouvrent quand il s’agit de leur mentor. Mais paradoxalement c’est de là que vient la grande déception.

Les pamphlets de mon ami sur Laurent Gbagbo manquent de rigueur et ses contradictions où ses omissions volontaires quand il parle de la crise Ivoirienne me laissent toujours pantois. J’aurais voulu avoir en face un Dramaniste qui me secoue dans mes convictions tellement la rigueur des raisonnements en impose. Comme l’Albatros sur ce fameux quai baudelairien, la démarche du ?roi de la pensée? est boiteuse quand il essaie de parler des crises ivoiriennes. J’ai toujours l’impression que le “philosophe” est en mission commandée. L’homme est méconnaissable parce qu’il refuse apparemment dans ses écrits de prendre la distance critique que nous savons tous cardinale en philosophie. J’avais décidé de me faire à l’idée que notre amitié pouvait bien se passer des discussions sur les contorsions de la politique Ivoirienne. C’est d’ailleurs ce qui me guide en écrivant ces lignes. Comme Charles Baudelaire, je veux rire un peu de la démarche de mon ami.

Dans un texte que Frat-Mat a publié le lundi 12 novembre dernier, Franklin Nyamsi s’en prend à Amnesty International. Le jeu de mot sur l’amnésie de l’Amnesty International (AI) est quelque peu gauche. De quoi AI devrait-il se souvenir ? Faut-il rappeler à mon ami qu’AI n’est pas une organisation qui fait de l’histoire pour s’attacher à un devoir de mémoire. Il dénonce les violations des droits de l’homme là les régimes les pratiquent comme moyens de gestion du pouvoir. C’est d’ailleurs au nom de ce principe que Franklin Nyamsi est devenu un fanatique de l’ex-rebelle Soro Guillaume. Lui est-il déjà arrivé de trouver des circonstances atténuantes au régime de Gbagbo parce que ce dernier l’attaquait ?

Alassane Ouattara a été présenté par des “demi-intellectuels” lors d’un colloque international à Abidjan comme le messie qui devrait nous apporter la renaissance africaine le jour même où il déportait Laurent Gbagbo à la Haye pour crime contre l’humanité. Il y est encore. Ouattara n’a donc pas le droit de se faire épingler par une organisation des droits de l’homme même si c’est pour plaisanter. Et ceux qui veulent le défendre doivent avoir l’intelligence de penser qu’il n’y a aucune raison qui puisse justifier la violation d’un seul droit d’un seul être humain.

Joseph Marat

Tue, 27 Nov 2012 22:48:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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