« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Les Ivoiriens rendent l’ex-« Sorbonne » d’Abidjan à la boxe

"Tue-le!", s’époumone un supporter surexcité. Devant un public aux anges, deux boxeurs ne se font pas de cadeau sur le ring installé sur un terrain vague, face à un immeuble désaffecté et lugubre, entouré de vieux arbres.
Sur ce site en plein coeur du Plateau, quartier du pouvoir et des affaires dans la capitale économique ivoirienne, s’élevait encore il y a un peu plus de deux ans la légendaire "Sorbonne". Elle avait peu à voir avec la célèbre université parisienne du même nom.
Durant la tourmente politico-militaire des années 2000 qui a culminé avec la crise postélectorale de 2010-2011 ayant fait quelque 3.000 morts, se retrouvaient là des fidèles de Laurent Gbagbo. Des orateurs se succédaient pour vilipender les adversaires du régime d’alors, surtout la France, ex-puissance coloniale qu’ils voyaient comme l’origine des maux du pays.
Avec ses baraquements et ses échoppes, l’endroit, qui était aussi un vaste marché informel et un temple du piratage de CD et DVD, a été rasé au lendemain de la chute de l’ancien président en avril 2011. A la place de la "Sorbonne" s’étend pour l’heure un parking payant.
Alors que la Côte d’Ivoire, désormais présidée par Alassane Ouattara, s’efforce de tourner la page des années de crise, installer ici un gala de boxe est un "symbole", explique à l’AFP le président de la Fédération ivoirienne de boxe (Fib), "Waby Spider", Adebayo Wayebi à l’état-civil.
Pendant la première semaine de juillet, ce gala a vu défiler 300 boxeurs venus de tout Abidjan.

nostalgie et réconciliation

Si la fédération est à la recherche de jeunes talents pour l’équipe nationale qui espère participer aux jeux Olympiques de 2016, il s’agissait tout autant de remettre la boxe sur le devant de la scène, à un emplacement stratégique.
"Le Plateau, c’est le centre du pouvoir où se concentrent l’Assemblée nationale et la présidence de la République: la boxe est venue prendre le pouvoir afin de rentrer dans le coeur des Ivoiriens", affirme Waby Spider, ex-boxeur âgé de 50 ans.
En Côte d’Ivoire, le noble art est en effet tombé en léthargie depuis les années fastes du temps de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny, le "père de la Nation" (au pouvoir de 1960 à 1993) qui était un passionné de boxe.
"Houphouët aimait la boxe, qui pour lui était un sport sans tricherie valorisant le courage, l’effort individuel et l’esprit sportif", se souvient Lucien Yao Yao, autre ancien boxeur et membre de la Fib.
Pour certains, ces matches ont d’ailleurs un goût de nostalgie. Le gala "nous replonge dans les années Houphouët", s’enchante Vanié Bi Vanié, un policier en civil accoudé à une barrière de sécurité pour suivre les combats.
L’une des rares spectatrices au milieu d’un public essentiellement masculin, Fanta Dosso, voit plutôt dans cet événement un motif d’espoir pour un pays encore profondément divisé entre pro-Ouattara et pro-Gbagbo. "Le public qui vient suivre ce gala est sans couleur politique, il n’y a pas meilleure image pour la réconciliation en Côte d’Ivoire", dit-elle.
Lassina Koné, qui a pour "idole" le champion de boxe américain Mohamed Ali, est venu, lui, tenter sa chance. "Je veux devenir un grand champion et voyager dans beaucoup de pays dans le monde", confie ce jeune ferronnier venu du quartier populaire d’Abobo.
Et quel avenir pour la "Sorbonne", une fois le ring démonté et les boxeurs partis?
Le maire du Plateau, Noël Akossi Bendjo, souhaite voir construire sur le site la nouvelle mairie, qui serait "dotée d’une architecture futuriste". Dans les années du "miracle" économique ivoirien, sous Houphouët-Boigny, tout le quartier était vu comme le "Manhattan" africain et envié dans les pays voisins, avant que ses fiers gratte-ciel et ses artères ne perdent des couleurs.
Pour le maire, après une longue crise, il est temps que ce quartier symbole d’Abidjan retrouve "fière allure".


 

AFP

Tue, 23 Jul 2013 22:20:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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