En effet, dans notre entendement, parler d’excellence et de mérite ne doit pas relever d’un discours banal mais de l’exemple le plus affiné. Ce qui est loin d’être le cas dans le nouveau gouvernement. Il aurait fallu, pour qu’un tel laïus tienne la route et aie de la consistance, que la leçon se fasse par l’exemple, par des symboles forts qui renvoient un message sans équivoque possible. Mais que nous sert-on ?
D’abord un Premier Ministre qui n’est pas lui-même un modèle. Son cursus est totalement atypique : niveau d’études, Licence. A 31 ans, chef d’une rébellion qui a défiguré la Côte d’Ivoire, et à 40 ans, Chef de guerre à la tête de bidasses qui ont fait de l’épuration ethnique à Duékoué (pas moins de 2.000 guéré froidement exécutés, selon le CICR). Le fait que le Président Laurent Gbagbo l’aie nommé à ce poste au forceps parce qu’ayant été le seul courageux à revendiquer l’attaque contre la Côte d’Ivoire en 2002, ne nous autorise pas à le reconduire quand il est question de donner une base nouvelle au paradigme de l’excellence en Côte d’Ivoire.
Ensuite, le gouvernement : bien des ministres n’ont guère le profil de la fonction ou du poste. Un vrai crève-cœur ! A ce niveau, point d’excellence ni de mérite. Seulement la nomination de « petits copains » et de camarades de lutte. Ce n’est pas un gouvernement d’excellence mais plutôt de reconnaissance et de récompense. Le cas le plus patent est à retrouver au Ministère de l’Education Nationale. Un cas d’école. Tout simplement. Balbutier et escamoter ainsi la langue française sur la tribune de l’UNESCO n’honore pas notre pays. On pouvait faire mieux. A côté de cela, des ministres qui ont été maires dans des communes comme San Pedro, Taabo, Abobo, Man et dont la gestion a été des plus décriées et des plus chaotiques ne sauraient nous être brandis comme des modèles.
Seulement deux choix parmi ces serviteurs de l’Etat, à notre avis, font l’unanimité sur la qualité de leur travail et leur excellence – qui font d’ailleurs écho jusqu’au-delà de nos frontières – et auraient fort valablement pu assumer la fonction de Premier Ministre de la République de Côte d’Ivoire. Il s’agit de messieurs Charles Koffi Diby, Ministre de l’Economie et des Finances, et Gnamien Konan, Ministre de la Fonction Publique. Curieusement, ces deux technocrates émérites sont de purs produits Gbagbo, révélés au monde à la faveur de l’appel à candidature instauré par celui-ci pour les nominations à la tête des régies financières de l’Etat, notamment du Trésor (Diby) et de la Douane (Konan), par souci de bonne gouvernance. Les résultats ont relevé tout bonnement de l’extraordinaire, Impôts y compris (avec monsieur Fé Kessé).
Il convient également de relever que la moitié des membres du gouvernement est issue du Nord de la Côte d’Ivoire, région d’Alassane Ouattara. Est-ce une nouvelle base ou un nouveau critère d’excellence ? Qu’on nous le dise. On pourrait être en droit de le croire quand la majorité des hauts cadres nommés à la tête de nos sociétés d’Etat, régies financières et directions centrales sont anecdotiquement aussi du Nord. Le « Dioula Power » ? Qu’on nous éclaire sur la question. Parce qu’à notre sens, ce n’est pas ainsi qu’on bâtira « la nouvelle Côte d’Ivoire ». Dans la même veine, au moins 80% des soldats pro-Ouattara sont du Nord, si ce n’est à 90%! Ils sont en grande majorité analphabètes et d’une inculture renversante, tous en profilage, en ce moment, pour être intégrés à l’armée ivoirienne, elle, professionnelle et formée dans les meilleures écoles militaires. De quelle excellence nous parle-t-on?
En somme, Alassane Dramane Ouattara envoie un très mauvais signal aux Ivoiriens, à tous ceux qui pensaient qu’il pouvait faire du neuf dans une Côte d’Ivoire déconfite par 10 années de crise aiguë et particulièrement à la jeunesse : quasi aucun membre de son gouvernement n’est un modèle, un symbole des nouvelles valeurs qu’il veut prôner et imposer au peuple ivoirien. Ici encore, nous disons que l’excellence ne se décrète pas, elle se donne des symboles ou s’impose par des modèles et par l’exemple. Se donner une charte gouvernementale est une avancée, certes, mais cela ne suffira pas, vu que les paradigmes sont déjà biaisés à la source, au départ même de l’action. Nul n’est dupe de ce point de vue. Partant de là, qu’on ne vienne pas nous rabâcher les oreilles de discours creux déclamés pour policer médiatiquement une image suffisamment écornée de putschiste et d’épurateur.
Au final, l’initiateur de cette excellence devrait lui-même en être un exemple. Apprécions ensemble : en novembre1993, alors Premier Ministre imposé par le FMI au Président Félix Houphouët-Boigny pour soi-disant redresser l’économie ivoirienne, il a mis la Côte d’Ivoire en faillite et a annoncé sur nos antennes que notre pays serait en cessation de paiement, à la fin du mois de décembre. Le 7 décembre, à la mort du « sage de Yamoussoukro », son dauphin constitutionnel, Henri Konan Bédié, prend le pouvoir et fait mentir Alassane Ouattara : tous les salaires sont payés, non seulement en décembre, mais également sur toute la durée de ses 6 années de pouvoir, sans discontinuer. L’initiateur de la nouvelle excellence ivoirienne a, en outre, parrainé une rébellion pendant près de 10 ans, a fraudé à l’élection présidentielle (avec preuves à l’appui) et a pris le pouvoir dans le sang, en humiliant par la force des armes un chef d’Etat légal, Président de la République en exercice, de connivence avec des forces étrangères (Licorne et ONUCI). Où est le modèle, où est l’exemple, où est le symbole ? Nous aimerions le savoir.
De toutes les façons, aucune république au monde – surtout africaine – parrainée par la France n’a jamais eu pour valeur l’excellence. Elle n’y a aucun intérêt. Il lui faut, dans tous ces Etats fantoches qu’elle mène par le bout du nez, des prébendes et des monopoles condescendants pour continuer à être « la grande France ». Exit donc l’excellence, exit la concurrence loyale, exit les appels d’offre transparents. Vive la nouvelle république ivoirienne et ses nouvelles valeurs !
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