« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Loi sur le mariage en Côte d’Ivoire : Motif bien frêle pour un divorce

Ironie du sort !

C’est au moment de relire les clauses du mariage entre l’homme et la femme que le spectre du divorce est entré, par portes et fenêtres, dans la maison RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix), cette coalition qui a porté Alassane Dramane Ouattara au pouvoir.

Sans blagues !

De quoi s’agit-il au juste ?

Par un projet de loi soumis au Parlement, l’exécutif ivoirien entend modifier le Code de la famille en mettant l’époux et l’épouse sur un strict pied d’égalité.

Une révolution copernicienne, s’il en est, dans un pays, comme dans bien d’autres d’Afrique et même du monde, où le foyer a toujours été placé sous l’autorité et la protection du pater familias. On le voit bien, sauf par coup de baguette magique, la baguette phallique restera pendant longtemps le seul maître du ménage.

Mais aussi progressiste que soit le dessein de la ministre Raymonde Goudou Koffi, préceptrice de ce nouvel ordre sous la couette, la proposition d’amendement n’a pas trouvé grands preneurs au sein de la Commission des affaires générales et institutionnelles de l’Assemblée nationale.

A l’avant-garde de cette fronde parlementaire contre le projet gouvernemental : le Parti démocratique de Côte d’Ivoire/ rassemblement démocratique africain (PDCI/RDA) et l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), tous deux membres du RHDP. Mais mal leur en sera pris de vouloir empêcher la femme ivoirienne d’accéder au statut de sô-tigui chef de famille en dioula. Car, pour le président ADO, ce refus de cautionner, sans broncher, la nouvelle loi vaut sédition contre sa personne.

Sitôt l’attitude des députés « misogynes » rapportée au mari de la Première dame ivoirienne, une tempête présidentielle balaya fissa le gouvernement, en représailles aux bêlements dissonants des moutons noirs de la RHDP qui refusent de jouer aux moutons de Panurge. La suite, on la connaît, depuis le mercredi 14 novembre 2012 : limogeage du Premier ministre, Jeannot Ahoussou Kouadio, suivi de la dissolution du gouvernement.

« ADO considère que le manque de soutien de ses alliés à un projet de loi présenté de surcroît par une ministre issus des rangs du PDCI est une trahison. Il fallait tirer les conséquences de cette situation », sérine-t-on du côté de l’entourage du chef de l’Etat.

Fermez le banc !

Que nous réserve encore l’ex-gouverneur de la BCEAO rentré, ce week-end, de son voyage au Saint-Siège où il est allé « prendre des conseils » auprès du Souverain pontife ? Va-t-il reconstituer une équipe gouvernementale avec ceux qui l’ont fait roi ou plutôt va-t-il leur tourner le dos, officialisant ainsi un divorce pour un motif bien frêle ?

En attendant d’en savoir davantage, quelle grille de lecture faut-il faire de cette dissolution inattendue du gouvernement ?

D’abord, en décidant, sur un simple coup de sang, d’en découdre avec des alliés, dont le seul tort est d’avoir refusé de jouer aux godillots, ADO laisse entrevoir qu’il n’est pas chef à supporter la contradiction.

Là où la situation commande hauteur et recul souverains, le chef de l’exécutif a choisi de s’immiscer, l’esprit partisan, la main vindicative et les nerfs en pelote dans un débat parlementaire. Au mépris de la règle sacro-sainte de la séparation des pouvoirs.

Si arbitrage il devait avoir lieu, ce devrait être celui d’un homme d’Etat et non celui d’un partisan politique.

On est loin de l’image d’Epinal de grand rassembleur, de fin tacticien, de républicain doué d’un sens élevé de la fonction présidentielle.

A l’épreuve du pouvoir, l’enfant de Kong aurait-il perdu son sens de la retenue ou est-ce que sous ses dehors d’homme de mesure se cache un chef au tempérament volcanique ?

Ensuite, en faisant de cette loi sur le mariage une fixation politique, ADO semble avoir perdu le sens des urgences. Certes, le projet de loi est louable dans son esprit mais pour autant est-il une priorité dans cette Côte d’Ivoire toujours en prise avec les démons de l’insécurité et de l’instabilité pour ne citer que ceux-là ?

Serait-ce le séjour trop prolongé d’ADO au pays des Toubabs qui expliquerait cet empressement à instituer une diarchie dans le foyer dans une société où c’est l’homme qui a toujours été (injustement) le seul chef de famille ? A moins que ce ne soit son épouse, la Française Dominique, qui lui fait la pression sous la couette dorée du palais de Cocody.

Alain Saint Robespierre — L’Observateur Paalga

Mon, 19 Nov 2012 02:35:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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