« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Lu pour vous

Lu sur facebook – Côte d’Ivoire, pays émergent en 2020 ou l’avenir d’une illusion?

Un ami, qui me rapportait des éléments d’un échange qu’il a eu avec un de ses amis, a dit la chose suivante: "Pour que ce pays change, il faut virer tous ceux qui y vivent, tous les Ivoiriens. Puis, louer ce pays pendant 15 ou 20 ans à des blancs, des français, des portugais, des anglais, peu importe, mais des blancs. Que les Ivoiriens soient parqués ailleurs sur un autre territoire, sans aucune possibilité de remettre les pieds dans leur pays. Au bout des 15 ou 20 ans, si on les autorise à revenir dans leur pays, ils ne le reconnaîtront plus. Ils penseront qu’il ne s’agit plus du même pays, qu’il s’agit de Paris, de Washington, de Londres."
Est-ce qu’il n’a pas raison, l’ami de mon ami? 
Quand je vois, de ma position de journaliste d’investigation, avec quelle férocité l’argent public est gaspillé et volé de régime en régime, y compris encore sous le régime actuel, comment les ministres créent des sociétés pour se partager les marchés publics en affamant les opérateurs privés, ceux qui créent les richesses et les emplois, quand je vois les surfacturations dans les ministères, quand je vois le harcèlement dont les directeurs des sociétés d’Etat sous tutelles des ministères sont l’objet… je me dis, que l’ami de mon ami a parfaitement raison. 
Ce pays est tellement riche! Et sa population tellement pauvre! 
Derrière les discours officiels et autres professions de foi, le pays est mis en coupes réglées par des voyous en col blanc. Quand je vois certains ministres à la télévision donner des leçons de morale aux Ivoiriens tout en sachant avec quel gloutonnerie il s’accapare l’argent public via des factures bidons établies dans son ministères…ah j’ai mal au coeur ce soir mes frères. 
Pendant que le chef de l’Etat se tue au travail malgré son âge, fait le tour du monde pour supplier les investisseurs de venir investir dans son pays, derrière lui, ses collaborateurs ecoeurent tous ceux qui veulent entreprendre la moindre chose dans ce pays. Impossible pour un investisseur d’obtenir un rendez-vous avec un ministre sans débourser de l’argent, sans verser des pots de vins. 
Les lundi 10, mardi 11 juin, le représentant Afrique de l’une des plus grandes banques Allemandes, n’a pu rencontrer, ne serait-ce que le directeur de Cabinet du ministre délégué à l’économie et aux finances et encore moins la ministre. Ecoeuré, l’homme, après 48 d’attente, est reparti le mercredi 13 JUIN sans avoir pu rencontrer personne dans ce ministère. Comment cela peut-il être possible dans un pays qui veut devenir émergent? L’Allemagne vient d’annuler toute sa créance vis-à-vis de notre pays. Et sa structure GTZ, après cette année 2013, ne mettra plus un sou dans ce pays. Ils sont exaspérés par l’inconscience de certains fonctionnaires ivoiriens, par certaines autorités ivoiriennes. 
Derrière leurs visages innocents, se cachent de redoutables pilleurs des ressources publiques. Les pourris sont devenus cinq fois plus nombreux dans ce pays que ceux qui aiment leur pays et qui se battent au quotidien pour le faire avancer, en se contentant juste de ce que les Ivoiriens, par leurs impôts, leur versent comme salaire. Et ce sont ces cadres consciencieux qui rasent les murs dans les ministères, sous les quolibets des pourris. Ils n’ont jamais de promotion et sont mutés pour un oui ou un non. Où allons-nous avec tout ça? Et les pourris passent leur temps à chanter l’émergence pour 2020 sans pouvoir dire comment on y arrivera dans un tel environnement de corruption généralisée.
Il n’y a pas longtemps, des fournisseurs de l’Etat ont, conférence de presse après conférence de presse, dénoncé les prélèvements allant de 10 à 20% qui sont sont faits sur leurs créances vis-à-vis de l’Etat, le jour des paiements au Trésor Public ou dans les agences du Trésor Public. 
Des agents du trésor ont crié au complot, demandé des preuves, accusé le président de l’organisation de ces fournisseurs d’être contre la politique de notre président. Résultat, l’homme s’est retrouvé en prison, accusé par on ne sait qui, d’escroquerie. Et plus personne ne parle de cette affaire. 
Les agents du Trésor réclament des preuves mais quand on leur demande de payer les fournisseurs par virement bancaire au lieu de payer en liquide, ils tournent la tête ailleurs et gardent le silence. Pauvre Côte d’Ivoire! Ton sang est sucé par tes propres enfants!
L’émergence en 2020 dans un tel environnement, je vous le dit, c’est un mirage! 
Côte d’Ivoire: tout tremble, mais rien ne bouge! ça fait pitié.

Assalé Tiémoko

Thu, 27 Jun 2013 11:57:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

6 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

1 mois ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.