« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Ma Lucarne – Par Bamba Franck Mamadou – Jean-Louis Billon : traitre ou patriote ?

En prenant clairement position pour les intérêts de son pays face à Bolloré dans l’affaire de l’attribution du 2ème terminal à conteneurs du Port Autonome d’Abidjan, Jean-Louis Billon, membre du « cabinet Duncan », s’est démarqué du principe sacro-saint de la solidarité gouvernementale.
Depuis, le ministre du Commerce, qui vient ainsi de mettre en exergue la mauvaise gouvernance du régime Ouattara, n’en finit plus de subir le courroux des « Ado-rateurs ». Quand on ne l’accuse pas de concussion au profit des concurrents de Bolloré, on estime qu’il aurait dû la boucler ou démissionner de son poste, avant de dénoncer les travers de l’équipe gouvernementale à laquelle il appartient. Autrement dit, aux yeux de ses pourfendeurs, Jean-Louis Billon aurait dû sacrifier les intérêts de l’Etat sur l’autel de « la solidarité gouvernementale » même si, manifestement, le gouvernement joue contre l’Etat. En clair, l’ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire passe pour un traitre. Or, sur le fond, aussi curieux que cela puisse paraître, aucun des détracteurs du ministre du commerce du régime Ouattara ne conteste pas les termes de la dénonciation de Jean-Louis Billon.

Les faits mis en évidence à l’appui de ses protestations « citoyennes » sont si limpides que même Bolloré a du mal à trouver une parade crédible. Selon « Jeune Afrique », dans sa dernière livraison, « quelques jours après la publication de son interview par l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur, le ministre du commerce ivoirien, Jean-Louis Billon, a réitéré au cours d’un entretien avec plusieurs médias, dont Jeune Afrique, son opposition à l’attribution du second terminal à conteneurs du port d’Abidjan au groupe Bolloré pour la simple que la loi dit qu’il est interdit de créer une position dominante. Il y a déjà une position dominante (Bolloré exploite le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan, ndlr) et elle est renforcée ».
En somme, le ministre du Commerce refuse de cautionner la forfaiture du gouvernement auquel il appartient. Quoique actionnaire du groupe Bolloré, il indique clairement que la loi est sa seule boussole, en tant qu’agent de l’Etat de Côte d’Ivoire. « Je suis aussi actionnaire des affaires de Bolloré en Côte d’Ivoire. Il ne faut pas déplacer le débat quand il y a un problème de gouvernance » dit-il à Jeune Afrique qui croit savoir que l’homme a été fragilisé au sein de l’équipe gouvernementale. Billon le reconnaît et assume. A ses yeux, « les intérêts de la Côte d’Ivoire sont largement supérieurs à ceux de ma personne ».

Alors questions. Peut-on raisonnablement accuser le ministre Jean-Louis Billon de traitrise ? Si oui, à quelle cause ? La solidarité gouvernementale est-elle une cause si importante qu’elle devrait primer sur les intérêts des Ivoiriens ? De toute évidence, même en se gargarisant d’arguments spécieux, il apparaît peu probable que le sacro-saint principe de la solidarité gouvernementale prospère en l’occurrence. Par contre, il devient désormais clair, comme de l’eau de roche, que Jean-Louis Billon défend ici la cause de l’Etat de Côte d’Ivoire. Qu’on soit en Côte d’Ivoire ou ailleurs, cela s’appelle du patriotisme. Le fait-il sur la place publique pour engranger des dividendes politiques plus tard ? On peut le supposer. Mais, cette probabilité politique n’enlève rien au mérite du ministre du commerce qui, après tant de scandales économico-financiers étouffés, ose enfin secouer énergiquement de l’intérieur l’arbre de la mauvaise gouvernance Ouattara.


B. F. M.
In Notre Voie

Tue, 18 Jun 2013 03:01:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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