« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Ma Lucarne – Qui sont les victimes et de qui ? (Par Bamba Franck Mamadou)

C’est fait. Désormais, tous ceux qui avaient des doutes sur les intentions et/ou attentes du chef de l’Etat par rapport au FPI ont été éclairés le lundi 8 juin dernier à Korhogo. « …Il faut que le FPI, parti courageux qui a eu la force de contester le parti unique, ait la force – je veux parler de ses dirigeants – de demander pardon. Que ses dirigeants aient la force de demander pardon aux victimes et aux parents des victimes. Ceci est indispensable…je demande un geste fort au FPI : la repentance pour [gagner] le pardon. Les Ivoiriens sont prêts à tourner la page. Ils demandent ce geste d’humilité… », a affirmé M. Alhassane Dramane Ouattara, à Korhogo, au cours du meeting de clôture de la visite d’État qu’il achevait ainsi dans le Nord de la Côte d’Ivoire. Au grand étonnement d’une foule restée de marbre tant les propos débités semblaient surréalistes. Une chute d’autant plus effarante qu’elle prend littéralement le contre-pied des propos tenus la veille à Ferkessédougou (la ville natale de Soro Kigbafory Guillaume) par le même Alassane Ouattara qui a rendu un vibrant hommage à Soro Guillaume et à la rébellion des Forces Nouvelles au tableau de chasse desquels il faut inscrire au bas mot 10.000 morts de 2002 à 2011 dont 247 gendarmes à Abidjan dans la nuit du 18 au 19 février et 60 gendarmes froidement exécutés et jetés dans une fosse commune à Bouaké, en octobre 2002.
Si l’on écarte l’éventualité d’un lapsus linguae ou d’une grossière méprise sur l’identité des victimes et des bourreaux, alors l’on est bien obligé de retenir (de ces deux discours du chef de l’Etat) que le président Ouattara tient le FPI pour responsable des victimes causées par la rébellion. Les victimes deviennent les bourreaux qui eux, sont drapés dans un manteau de justicier. C’est à partir de cet angle de perception qu’en toute logique, Alassane Dramane Ouattara, « le chef magnanime », conseille aux dirigeants du FPI « de demander pardon aux victimes et aux parents des victimes ». Pour obtenir le pardon de la Nation.
En clair, pour Alassane Ouattara, Soro Guillaume et sa rébellion des Forces Nouvelles, même s’ils sont les auteurs des souffrances infligées à la Côte d’Ivoire et aux Ivoiriens n’en sont pas pour autant responsables. Ce sont les tenants du pouvoir [le FPI] qui, voulant empêcher le coup d’Etat, ont exposé la vie des populations ivoiriennes. C’est cela le sens de l’appel de Ouattara à la repentance du FPI. Car, selon ses partisans, « c’est le refus du FPI de céder le pouvoir d’Etat en Septembre 2002 qui est à l’origine de tous les dérapages. »
En somme, le FPI (parti au pouvoir lors de la tentative de coup d’Etat du 18 septembre 2002) n’aurait pas dû résister à l’assaut du MPCI de Soro Guillaume. L’ayant fait, Laurent Gbagbo et le FPI sont responsables de tout ce qui est arrivé. Laurent Gbagbo aurait dû accepter la proposition de Chirac d’aller se reposer tranquillement en France le temps que les rebelles prennent le pouvoir à Abidjan. A l’instar de l’autre qui, au premier coup de feu, s’était précipité dans un hélicoptère de l’armée française pour se retrouver en France via Lomé. Il aurait alors été célébré par la Grande France qui lui aurait décerné la médaille de l’amour pour son peuple.
En fait, comme Hamed Bakayoko quelques jours plus tôt, Alassane Ouattara demande simplement au FPI de se soumettre. Point ! Comme on le voit, cette perception de la crise militaro-politique ivoirienne est incroyablement cynique.
Un célèbre éditorialiste du grand quotidien gouvernemental, grand prix littéraire d’Afrique noire de surcroît, n’a-t-il pas revendiqué la ‘’justice des vainqueurs’’ comme la seule et unique alternative pour les vaincus ? La référence historique au tribunal de Nuremberg place inéluctablement le régime de la Refondation sur le même pied que le régime Nazi du Fürher Adolf Hitler.
Et pourtant…et pourtant, la cour pénale internationale (Cpi), la Nuremberg moderne a bien du mal à trouver les preuves qui étaient annoncées comme évidentes. Alors, demander pardon ? Certainement ! Mais qui demande pardon ? A qui ? Et pour quelle raison ?

Bamba Franck Mamadou
In Notre Voie

Fri, 12 Jul 2013 02:24:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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