« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Mali, visite du président Hollande: Le sens d’un voyage

La démonstration de force de la France durant cette guerre du Nord Mali prouve si besoin en est, que l’Afrique ne coupera pas de si tôt le cordon ombilical qui la lie à l’ancienne puissance coloniale.

Moins d’un mois après le début de «l’opération Serval», François Hollande est personnellement venu au Mali rencontrer d’une part ses soldats, et d’autre part rassurer le peuple malien du soutien de la France. La France restera au Mali le temps qu’il faudra, a réitéré le président français au peuple malien qui lui a réservé un accueil aussi chaleureux que celui que les Libyens ont réservé à l’ex- président français Nicolas Sarkozy en septembre 2011 à Tripoli et à Benghazi. Les mots manquaient aux populations de Tombouctou et de Bamako pour exprimer au N01 français leur reconnaissance.

Peu importe les supports sur lesquels sont inscrits les différents messages, c’est la teneur des mots qui compte pour ces populations martyrisées par les jihadistes. Elles ont tenu à traduire leurs sentiments à l’endroit de leur bienfaiteurs sur tout ce quelles ont trouvé: bandes de calicot, simple bout de papier, morceau de carton. Ainsi pouvait-on lire: «papa François Hollande», «Merci la France». Le président par intérim du Mali y est lui aussi allé de sa propre rhétorique pour exprimer à François Hollande sa gratitude: «François Hollande est le frère de tous les Maliens, l’ami sincère de l’Afrique toute entière», a proclamé Dioncounda Traoré. Des maux qui ont fait chaud au cœur du président français.

Mais au-delà de cet accueil chaleureux, la visite éclair du président Hollande est un véritable voyage de conquérant. C’est en effet en vrai conquérant qu’il a effectué ce voyage qui lui a permis de jauger le poids de la France dans cette partie de l’Afrique et aussi le jugement que portent les africains vis à vis de cette intervention directe des troupes françaises sur le sol africain.

En effet depuis que les gendarmes français ont sauté sur Kolwézi dans l’ex- Zaïre il y a plus de trois décennies, il n’y a plus jamais eu d’opération d’une telle envergure en Afrique, où l’on voit des soldats français venir combattre aux côtés des troupes africaines. A tous ceux qui vont reprocher à la France une quelconque action néocolonialiste, elle pourra rétorquer que l’opération Serval demandée par les Africains eux-mêmes et approuvée par l’ONU, est une opération de sauvetage d’un peuple en détresse. La rapidité de cette intervention dans le Nord malien n’aura été possible que grâce à la présence de soldats prépositionnés dans différents pays africains, Gabon, Côte d’Ivoire, Tchad, Djibouti, Centrafrique, Sénégal et d’autres. Ce n’est donc pas de si tôt, que la présence militaire française en Afrique va prendre fin.

Les armées du continent ont montré de grandes faiblesses à l’occasion de cette crise du Nord Mali. La France peut pendant quelques années encore, justifier la présence de son armée sur le sol africain au nom de la sauvegarde de l’intégrité territoriale des pays du continent, et non pas seulement pour protéger ses intérêts et ceux de ses ressortissants.

La guerre éclair livrée par François Hollande aux jihadistes pratiquement seul, sans le soutien de ses alliés traditionnels européen et américains, de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) va forcément rehausser l’image d’un président taxé d’inexpérimenté dans la conduite des dossiers comme le terrorisme international. Même s’il est prouvé que la politique extérieure n’a jamais joué au plan national un rôle déterminant sur la cote de popularité des dirigeants français, toujours est-il que la victoire de Hollande sur les groupes terroristes du Nord Mali va immanquablement changer beaucoup de préjugés sur cet homme politique.

A François Hollande lui-même de tirer les dividendes de sa courageuse action, un vrai risque politique qui lui vaut, en dehors de quelques rares critiques, des félicitations à l’unanimité.

Charles d’Almeida in L’Inter

Mon, 04 Feb 2013 08:47:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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