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Cheikh Anta DIOP
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Man : Médicaments, pagne, cigarette / la contrebande tient toujours le marché

La récente crise armée ivoirienne marquée à l’ouest du pays par le départ des forces régulières a fait l’affaire de bon nombre d’opérateurs économiques notamment des commerçants. Ces derniers exemptés de toutes taxes ont profité de la situation pour faire entrer de nombreuses marchandises. La réunification du pays amorcée récemment avec surtout le retour des douanes ivoiriennes a sensiblement freiné l’invasion du marché par des articles de contrebande. Mais force est de constater qu’il existe encore bel et bien sur les marchés de la capitale de la région du Tonkpi des produits qui échappent au contrôle des autorités.

Médicaments, pagnes à" terre"

Au premier rang de ces articles, les pagnes. En provenance de la Guinée voisine, les pagnes de différents motifs sont omniprésents sur les étals au grand marché de Man. Des boutiques bien achalandées proposent ces pagnes aux clients. Les prix sont, selon certains clients, en conformité avec la qualité proposée. Produit très prisé par la gent féminine, le pagne à bas prix connaît un succès certain à Man. Les boutiques spécialisées foisonnent de même que la vente à la criée. Pour freiner le phénomène, une grande société de la place a ouvert récemment un magasin de vente au quartier Commerce de Man. Mais la concurrence avec la contrebande est rude. L’habitude acquise depuis une dizaine d’années de crise et surtout le pouvoir d’achat très bas militent en faveur des hors-la-loi. A côté des pagnes, il y a la délicate question des produits pharmaceutiques. A Man, les pharmacies dites ‘’par terre’’ sont à la portée de tous. Encore une fois, c’est le grand marché qui en est le haut lieu. Dans ce marché qui n’existe pourtant que de nom, l’on peut dénombrer plus de deux grands espaces réservés à la vente de médicaments.

La rumeur veut que certains praticiens de santé s’y approvisionnent. Mais si selon des témoignages, la plupart de ces produits viennent d’Abidjan par des moyens détournés, il reste aussi vrai que les filières guinéenne et malienne sont utilisées par ces pharmaciens de type particulier. Ainsi des répliques de produits inconnus dans les fichiers ivoiriens se retrouvent dans ces espaces. Les vendeurs au profil douteux conseillent les clients. Ils excellent dans les substitutions des médicaments avec tout ce que cela comporte comme risques. En dépit des nombreuses mises en garde à l’endroit des populations, les pharmacies ‘’par terre’’ reçoivent des masses de clients. Ces derniers, pour se donner bonne conscience, en font la promotion au détriment des officines officielles. «Moi, c’est là-bas que je me ravitaille. Quand j’ai une ordonnance qui me revient trop chère, je vais au marché et j’ai les médicaments qu’il me faut. Ce n’est pas la première fois et je ne suis pas encore mort», témoigne D.A, un des clients rencontré dans une de "ces pharmacies". Comme lui plusieurs personnes nous ont vanté le mérite de ces espaces. Les produits phytosanitaires n’échappent pas au phénomène. Nombre d’utilisateurs se plaignent de leur mauvaise qualité et soulignent leur inefficacité. En réalité, ce ne sont pas des articles testés par les autorités ivoiriennes mais bien venus de façon illicite. Un des produits phares de la contrebande à Man est la cigarette. C’est la star des produits prohibés ou non conformes à la règlementation ivoirienne. Pour cent francs (100 Fcfa), on peut s’offrir un paquet de cigarettes. Les amateurs se recrutent sur les nombreux chantiers de construction de la ville, les clubs de thé et surtout à la gare routière. Ici, fumeurs et non fumeurs inhalent les fumées de mèches aux noms bizarres. Il s’agit ici d’une vraie question de santé publique. La cigarette est presque sur toutes les lèvres dans les rues de Man. Là encore, c’est bien la Guinée qui sert le marché. L’axe Sipilou-Biankouma-Man est montré du doigt. De même que la frontière libérienne.

Impuissance des Frci

Les forces de l’ordre qui s’emploient à freiner le phénomène se heurtent à la ruse et à l’expérience du terrain des contrebandiers. Ces derniers profitent de la porosité des frontières pour ouvrir plusieurs pistes parallèles leur permettant d’atteindre la ville de Man sans coup férir. Résultat des courses, toutes sortes de produits se retrouvent à Man. Et ce sont les consommateurs naïfs qui sont exposés.

JEAN MARC SAHI in Le Nouveau Réveil

Thu, 17 Jan 2013 20:10:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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