Je suis toujours tiraillé entre mon désir de me taire (parce que les forces pro-ouattara tuent sur simple dénonciation) et celui de l’intellectuelle que je suis, qui doit dire ce qui est.
Mais ce matin, la parole a plus d’importance que l’ormerta que nous impose les nouvelles réalités ivoiriennes.
Pour information après moult péripéties, j’ai pu retrouver ma voiture mais dans un état plus que désastreux. Et la meilleure, j’ai payé de l’argent pour la récupérer parce que le rebelle dit que c’est sa récompense après l’effort de guerre.
Bref, je reviens donc de Soubré ma ville natale. J’ai parcouru l’axe Soubré-Ottawa (c’est un village qui n’a rien à voir avec le Canada) à moto pour m’imprégner de certaines réalités. Mais mon ami qui me conduisait m’a interdit de prendre des photos donc point d’images juste donc raconter les faits.
A Soubré, les engins (moto-voitures) sont soumis à une taxe qu’on appelle un laisser-passer (qui n’a rien à voir avec les documents légaux) éditer par les FRCI (forces pro ouattara): 10.000F CFA pour les motos, 15.000F CFA pour les voitures.
Cependant à chaque barrage outre ce sésame (qui n’ouvre d’ailleurs rien), il faut débourser la somme de 500F CFA (sur l’axe long de 34Kms il y a 06 barrages).
Chaque passager, de chaque véhicule doit aussi payer 500F par barrage qui n’a rien à voir avec ce que paie le chauffeur.
Si tu veux discourir, la réponse est toute simple, dans un français qui laisse à désirer ou carrément en Dioula, "je ne connais pas papier, c’est fusil qui m’a envoyé ici; fusil là est encore dans ma main donc faut donner pour moi tu vas partir".
Le message est plus que clair!
La population bété, est térrorisée et tétanisée, personne ne parle, personne ne conteste, personne ne réclame, tout est "oui et amen"; et pour cause.
Après le barrage (corridor frci) de baleyo (environ 15 kms de soubré) vous avez sur le bord de la route une immense monticule de sable; mon guide d’un jour m’a fait savoir qu’il s’agissait de corps entassé là; une sorte de charnier de 17cadavres. c’est cette photo que j’ai voulu faire quand il m’a rappelé à la loi de la région: "Silence……. on tue".
A Liguiyo, village du colonel Dassé, intendant de l’armée sous le régime gbagbo, il n’y a plus aucune âme bété vivante, leur salut se trouve dans la brousse. Le village est vide, les portes fracassées, tout a été emporté dans les maisons. Si un jour ils revenaient, tout est à reprendre.
Un autre village, Mabéhiri, a vu sa population décimée, 27 personnes tuées.Leur seul crime, ils sont bétés. Il y avait les obsèques le mercredi dernier quand j’étais dans la zone.
Vous voulez parler d’avenir, l’école n’est plus fonctionnel, sauf l’école coranique (j’ai vu des enfants rentrant de cette école à Okrouyo).
J’ai discuté avec un membre du personnel de l’inspection de l’enseignement primaire, il m’a dit leurs difficultés à convaincre les instituteurs pour la reprise; ils ont tous peur.
Je reviens donc de Soubré, image d’une Côte d’Ivoire balafrée et meurtrie dans son être. Imaginez un pays au 21ème siècle où tout le monde est partisan des autorités en place; c’est cela mon pays. Le silence des vivants est de mise sinon la porte des morts est toujours ouverte pour t’y expédier.
Tu es pro ouattara, tu peux dire et faire tout ce que tu veux.
Pro-Gbagbo, pfffffffffffffffffffffff, ça n’existe pas en côte d’ivoire, c’est un crime passible, d’une balle dans la tête.
Même Human Right watch, l’a dit hier! Mais comme on dit en Côte d’Ivoire, "une balle dans la tête et puis quoi? Ca va pas quelque part".
Que Dieu nous aide!
Wannée Geneviève fille de TEGBO AKRE JOSEPH (Feu Chef du village de Mabehiry)
Mon, 06 Jun 2011 14:21:00 +0200
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