« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Média / Reportages institutionnels : RTI1 serait-elle devenue un remake* de la RTI d’hier ?/ Les Ivoiriens jugent leur télévision

Hier, sous Laurent Gbagbo, des Ivoiriens se plaignaient du fait que trop de temps d’antenne soit accordé au FPI. Le RHDP a succédé au FPI. Alassane Ouattara est (fraîchement) aux commandes. La RTI change de visage le 9 août 2011. Un relooking avec une bonne qualité de l’image sur laquelle tout le monde est d’accord. Cinquante-deux (52) jours après le retour de la nouvelle RTI, d’un côté, des Ivoiriens se prononcent sur le contenu des émissions proposées et de l’autre, avec un regard critique, certains voudront bien croire que les pratiques ont vraiment changé. Certains Ivoiriens que L’Intelligent d’Abidjan a approchés et à travers certaines conversations, ont un avis partagé. Ce qui nous motive donc à prendre langue avec la direction de la RTI1, c’est l’interpellation faite au média public. «Ce qui a été reproché au FPI hier, c’est ce qui est en train de se produire avec Alassane, dont on dit qu’il est venu apporter le changement. Alassane le matin, Alassane à midi, Alassane le soir. Les erreurs des autres, doivent servir aux responsables de la RTI», voici en quelques mots le reproche d’un téléspectateur à Aka Sayé Lazare et son équipe. Rencontré le mercredi 28 septembre à son bureau du 3è étage à la RTI, pour comprendre les orientations et missions de la (nouvelle) RTI, Laurent Banga, le responsable de la communication lève toute équivoque. «Nous avons un cahier de charges que nous respectons et qui demande de couvrir toutes les activités du chef de l’Etat, les activités du gouvernement, des partis politiques», a-t-il justifié. Aussi rassure-t-il, il s’agit pour RTI1 «de travailler différemment». «Il faut comprendre qu’il y a un changement. La RTI d’aujourd’hui veut rompre avec la RTI d’hier. C’est le vœu du chef de l’Etat», fait entendre Laurent Banga, qui ajoute que «tout ne peut être parfait à 100 %, mais nous travaillons». C’est-à-dire, affirme le responsable de la communication, accompagner le gouvernement dans l’objectif fixé de réconcilier les Ivoiriens. «Notre mission (Ndlr ; RTI) est de faire en sorte que les Ivoiriens soient réconciliés. On ne doit pas se bagarrer, on ne fera pas non plus des papiers dans ce sens», présente-t-il la nouvelle vision de la RTI. Ce qui justifie, selon M. Banga, le sens de la retransmission en direct de certains événements du gouvernement et ceux concernant le chef de l’Etat et ses missions. Ces événements qui bénéficient sur RTI1 de rediffusions après cérémonie, pourraient «sans doute» expliquer, soutient Laurent Banga, la pensée des téléspectateurs sur le fait que la RTI soit tombée dans le piège du culte de la personnalité. Face à cet avis, Laurent Banga rappelle que le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, a dit non à tout folklore et autres actions d’Ong autour de sa personne. «Avez-vous vu des reportages d’Ong ou de clubs de soutien à la télé ?», a lancé le responsable de la communication de RTI1. «Les actions du chef de l’Etat doivent être amplifiées et sues de tout le monde», commente-t-il la couverture, entre autres, accordée aux cérémonies de l’investiture du Président de la République, au Prix Félix Houphouët-Boigny de l’Unesco à Paris, aux assemblées de la Banque Mondiale, à Washington aux Etats-Unis. «Le Prix Félix Houphouët-Boigny peut ne pas être su de tous ! Il est important qu’on y mette l’accent. C’est professionnel. Il ne faut pas le direct sur n’importe quoi ! Prenez par exemple, la cérémonie à Yamoussoukro de l’investiture du président de la Commission, Dialogue, Vérité, Réconciliation, ce sera en direct (Ndlr ; hier mercredi). Donc je m’inscris en faux quand les gens disent que la RTI en fait trop. C’est une télé civilisée que nous voulons offrir aux Ivoiriens. On veut offrir une télé de tous les Ivoiriens aux Ivoiriens», a indiqué Laurent Banga. Sur le cas de la couverture des activités des partis politiques, le responsable de la communication de RTI1 souligne que c’est à ceux-ci de mener des activités qui seront couvertes par RTI1. Cas de l’activité récente du parti de Tohou Henri qu’il cite en exemple. Ce qu’il faut par ailleurs savoir, c’est qu’après redéfinition des spécificités des chaînes de télévision par les nouvelles autorités, la RTI1 a un caractère généraliste public de chaîne institutionnelle (institutions de la République) et RTI2, dont les programmes seront bientôt lancés. est une chaîne (purement) culturelle. D’où le fait nouveau dans la détermination des deux chaînes, qui diffusaient des programmes semblables, expliquait le 9 août dernier, Touré Sanga, directeur des programmes et de la production.

*RTI bis

Koné Saydoo in L’Intelligent d’Abidjan

RTI 1, 60 jours après / Les Ivoiriens jugent leur télévision

Bédé Aimé, Etudiant : ‘’Les journalistes font beaucoup d’erreurs’’

«Je pense que les émissions se focalisent un peu trop sur un seul camp et qu’on devrait donner la parole à tous. C’est vrai que je ne suis pas trop porté sur la télé, mais les seules fois où je m’assieds pour suivre la télévision, c’est le même constat. Même si on vient de sortir d’une crise, il faut qu’on entende chacun. Et je ne sais pas s’ils vont mettre cela sur le compte de la crise, mais nous sommes en période de vacances et on n’a rien vu concernant les émissions de vacances, à part miss Côte d’Ivoire. Donc particulièrement, je n’ai rien vu de concret sur la Rti 1. Je ne sais pas si c’est une exigence de la direction, mais il y a un tri de journaliste que je n’apprécie pas. Les journalistes font aussi beaucoup d’erreurs et j’aimerais qu’on revoie ce côté. Cette Rti ne m’a pas encore convaincu».

Zabozan Eliane, vendeuse de vêtements : ‘’La parole est donnée à un seul parti’’

«Je n’aime pas les émissions actuelles, je préfère les anciennes émissions de la Rti (Variétoscope, Podium, Wozo…). Je pense qu’il n’y a plus rien de bon à la Rti, parce que les feuilletons qui passent sont vieux. Il faudrait que les émissions soient panachées et évitent souvent de tourner autour de la politique. La Rti nous donne l’impression de donner uniquement la parole à un seul parti».

Gnonsoro Serge-Wilfried, docteur en pharmacie : ‘’Côté sport, c’est un peu bas de gamme’’

«Je n’ai pas le temps de regarder toutes les émissions, mais pour le peu que je regarde, je peux dire qu’elles sont vraiment intéressantes. J’ai aimé une émission, dont je ne me rappelle plus le nom, mais qui portait sur les cliniques privées. Il y a aussi eu un reportage sur les prisons que j’ai adoré. Côté sport, c’est un peu bas de gamme, parce que l’émission de sport qu’on nous montre se base un peu plus sur les activités locales. Il y a des efforts qui sont faits et sur 10, je donnerai 5 comme note».

Ettien Kouamé Dénis, consultant en pharmacie : ‘’On ne peut pas parler de réconciliation, pendant que certaines choses restent cachées’’

«La première chaîne ivoirienne est bonne, c’est notre télévision et on l’apprécie. Mais il y a certaines choses à revoir. Les émissions ne sont pas mal, mais j’aimerais qu’à l’avenir, les émissions s’étendent sur plusieurs facteurs. Parce qu’on a l’impression que la parole est monopolisée, or il faudrait qu’il y ait de bons débats pour aider la population à se libérer. C’est tout cela la réconciliation. On ne peut pas parler de réconciliation, pendant qu’il y a des choses qui sont dans le flou.»

Modeste Kaly, homme d’affaires : ‘’Les nouvelles émissions sont bien arrivées’’

«Tout va bien dans l’ensemble, les nouvelles émissions sont bien arrivées. Pour le moment, il n’y a pas grand-chose à dire et nous pensons que tout ira beaucoup mieux dans la réalisation et la diffusion des émissions de la nouvelle Rti. Je pense que tout est bien parti avec les nouvelles émissions.»

Kemmel Olivier, Etudiant : ‘’J’opterai à l’avenir pour des jeux éducatifs’’

«Je trouve les images un peu plus claires depuis le lancement la Rti1 et le rendu est propre. Et j’opterai à l’avenir pour des jeux éducatifs du genre «Génie en herbe». J’ai suivi un débat récemment sur le retour des réfugiés qui était beaucoup émouvant et que j’ai apprécié».

Meva Antoinette, présidente d’une Ong : ‘’Je suis contre les films qui exposent la nudité des femmes’’

«Mon problème est que je suis contre les films qui exposent la nudité des femmes et qu’on présente à l’heure du dîner où tous les parents sont là. Des films où on s’embrasse et où on fait souvent l’amour, j’ai horreur de ce genre de films qui frustrent tout le monde. Ces films mettent vraiment mal à l’aise les parents, vis-à-vis de leurs enfants et vice versa. Avant, ces films passaient à partir de 21 heures et étaient interdits aux enfants qui, au-delà de cette heure, étaient censés rentrer en chambre. Et puis les publicités doivent être revues et aller plus dans le sens de la réconciliation».

Propos receuillis par Larissa G in L’Intelligent d’Abidjan

Thu, 29 Sep 2011 04:48:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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