Depuis quelques jours, le procureur de la République, M. Simplice Koffi Kouadio menace de rendre le tablier. C’est un confrère de la place qui a livré l’information, dans sa parution d’hier. Selon le journal en question, le patron du Parquet d’Abidjan motive sa décision par l’intrusion intempestive du ministre Ahmed Bakayoko dans les affaires de la justice. Et que la colère du procureur résulterait de plusieurs faits, dont la goûte d’eau qui aurait fait déborder le vase, serait l’arrestation d’Evariste Méambly, détenu à la police économique depuis le jeudi 16 février 2012 contre l’avis du procureur. Ce dernier ne serait pas content de la prorogation de la garde à vue à 5 jours sur ordre du ministre de l’intérieur Ahmed Bakayoko, contrairement aux délais de 48 heures requis par la loi. Plus grave, et c’est ce qui aurait mis le magistrat hors-hiérarchie dans ses états, c’est le fait que cette violation se fasse à son insu par le ministre de l’intérieur qui n’a rien à avoir dans les affaires de la justice. Selon une source proche du parquet d’Abidjan que nous avons joint hier au téléphone, le procureur s’était déjà élevé contre les pratiques du ministre de l’intérieur qui avait également donné l’ordre de maintenir les journalistes de « Notre voie » dans les liens de la détention alors que lui, le procureur avait prononcé un non-lieu. Aux dires de cette source, c’est de cette manipulation de la justice que le procureur Koffi Kouadio ne veut plus s’accommoder. Il ajoute ainsi sa voix à celles peu alertes des populations ivoiriennes qui, depuis la prise du pouvoir par Alassane Ouattara, n’ont plus confiance en leur justice qui a perdu son indépendance. Le mal est tel que le procureur qui est l’épicentre du système judiciaire est obligé de crier son ras-le-bol. Ouattara qui ne cesse de faire croire à ses parrains occidentaux que sous sa gouvernance, l’Etat de droit est désormais une réalité, en a pour son compte ! Ce qu’il a voulu cacher au monde entier étant désormais sur la place publique. Par la dénonciation de l’attitude du ministre de l’intérieur, le procureur de la République rabat également le caquet à ceux qui ont toujours, et cela, pour on ne sait quelle raison, nié l’existence d’une justice à double vitesse en Côte d’Ivoire. L’impunité généralisée dont jouissent les Frci, selon la source, semble également occupée une place importante dans la révolte du procureur Koffi Kouadio. L’homme de droit, dit-on ne comprendrait pas aussi l’attitude des autorités tendant à maintenir le black out total sur les nombreuses exactions commises par les soldats dans les villages et hameaux du pays. Exactions qui coutent la vie à de paisibles citoyens dont le seul crime est de ne pas penser la même chose que les pro-Ouattara. Du côté du palais de la justice ils sont nombreux les soutiens du procureur qui exhortent leur patron à aller jusqu’au bout. Parce que pour eux, il y va de la crédibilité de la justice ivoirienne. Ont-ils les moyens nécessaires pour faire plier l’échine à Alassane Ouattara et à son gouvernement ? Attendons de voir.
Nicole Bantchi in Aujourd’hui