« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Mutinerie à la Maca, mardi : Des femmes enlevées et violées La tension encore vive, hier Tout sur « la nuit folle »

Les forces de l’ordre, casque sur la tête, bouclier en main et arme à la ceinture, sont en position d’attaque, à une cinquantaine de mètres du bâtiment A. Elles s’apprêtent à mener un assaut sur le bâtiment C (bâtiment des criminels et autres bandits de grand chemin condamnés à de lourdes peines), derrière les A et B, pour libérer deux détenues (C. Maïmouna, en prison pour vol et K. Sali, pour coups et blessures) qui y sont depuis la nuit de la veille.

Ces forces avaient, quelques heures auparavant, tôt le matin, lancé des gaz lacrymogènes en direction du bâtiment C pour affaiblir les occupants, mais elles n’étaient pas arrivées à atteindre leur objectif. C’est alors que le régisseur de la Maca N’gbandama Yobouet et ses éléments optent pour la négociation avec les prisonniers. Ce qui porte ses fruits, puisque les minutes qui suivront, les détenues sortiront dudit bâtiment. « Ils ne nous ont rien fait », répondent-elles, tour à tour aux questions qui leur sont posées, au secrétariat du régisseur, après avoir traversé un couloir couvert de sang.

Maïmouna, semble souffrir. Malgré les soins qu’elle a reçus, son épaule gauche porte des plaies qui seraient les séquelles de balles perdues, la veille. En effet, ce lundi 23 juillet 2013, dans la soirée, la direction de la Maca, après avoir soupçonné Coulibaly Yacouba alias Yacou le Chinois (condamné à 20 ans pour vol), chef du bâtiment C, de planifier une évasion massive avec pour phase expérimentale, la fuite d’un détenu, il y a une dizaine de jours, fait appel à des gendarmes.

Une fouille est entreprise dans sa cellule. Sous sa couchette, est découverte une longue corde faite de draps ou d’habits attachés avec au bout, un fer crochu. Cet indice conforte les forces de l’ordre dans les doutes émis. Il est alors décidé de changer de cellule à Yacou le Chinois. Celui-ci reste dans le même bâtiment, mais passe en hauteur, « au blindé » où la détention est des plus austères. Refusant cet isolement, il fait du tapage au point d’attirer l’attention de ses co-détenus. Ceux-ci s’opposent énergiquement à la sanction que va subir leur chef. Pour le manifester, ils sortent en masse et portent l’estocade aux forces de l’ordre.

La citadelle imprenable

Les gardes pénitentiaires, le Lieutenant Gueu Siamin et le sergent Tia Syvain sont grièvement blessés. Comme un essaim d’abeille, plus de 1500 détenus du bâtiment C s’attaquent alors à tout ce qui bouge, dans la cour et cassent des ampoules des bâtiments pour opérer dans l’obscurité. Les prisonniers politiques et autres cossus du bâtiment des assimilés se barricadent à double tour. Les mutins courent ouvrir les grilles des bâtiments A (prévenus) et B (condamnés à de petites peines) pour qu’ils se joignent à eux.

Sur cette lancée, certains escaladent le bâtiment des femmes et d’autres font des entailles dans le mur. Nos sources indiquent que beaucoup d’entre eux jettent leur dévolu sur environ 130 détenues. Des vols et viols sont commis. Les plus possessifs mettent la main sur une quinzaine d’entre elles et les conduisent jusque dans leur bâtiment. Le mouvement s’amplifie.

Les détenus (environ 4 500), en territoire conquis, foncent vers l’entrée principale du pénitencier. Ils franchissent la première grille de sécurité (fermée partiellement en attendant l’arrivée de Air Maca). Mais les prisonniers n’auront pas le temps d’atteindre leur but de respirer l’air de la liberté, dehors, quand arrive le camion appelé Air Maca (transporte les détenus extraits de la prison pour le parquet ou le tribunal et les personnes placées sous mandat de dépôt). Les forces de l’ordre vont libérer des tirs dissuasifs. Il y a un déluge de feu assaisonné de gaz lacrymogènes. Les prisonniers ont du mal à supporter ce cocktail. Leur détermination s’émousse. Trois d’entre eux tombent, à jamais. Plusieurs blessés sont enregistrés.

A dose homéopathique, les forces de l’ordre prennent possession des lieux. Vers 23H, elles réussissent à faire rentrer les révoltés dans leurs cellules et à arracher une douzaine de femmes des mains de leurs ravisseurs. Seulement, celles-ci seront délocalisées, en raison des dégâts commis dans leur cellule. Deux autres (C. Mariam et K. Sali) resteront encore au bâtiment C, citadelle imprenable, jusqu’à hier.
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Thu, 25 Jul 2013 09:25:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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