Ce tribalisme d’Etat domine également l’affectation des cadres politiques aux dépens de la compétence et de l’éthique : après plusieurs dizaines de nominations ethniques, Ouattara, lui-même originaire du Septentrion, envisage ainsi installer un autre nordiste au perchoir de l’Assemblée nationale. Confronté à ce sectarisme par des journalistes français, le président ivoirien a, sans sourciller, admis qu’il était au pouvoir pour faire du rattrapage ethnique. Loin de s’offusquer de ces propos outranciers et dangereux, le partenaire gouvernemental du RDR se mure dans un silence d’autant plus complice que son président Henri Konan Bédié est l’inventeur du pernicieux concept de l’ivoirité, totalement en phase avec le principe de la préférence ethnique pratiqué par son ex-adversaire.
Les Ivoiriens et la communauté internationale mesurent-ils la gravité des propos tenus par le Président Ouattara et sont-ils conscients des conséquences des politiques qui s’en suivent ? Ceux qui se réjouissent de l’apartheid tribal pratiqué par Ouattara et les nordistes qui assistent en silence à l’instrumentalisation de leur groupe ethnique se rendent coupables de complicité de purification et de division durable de la Nation ivoirienne en construction. Ce genre d’attitudes et de paroles maintient les populations dans un cercle vicieux de violence et de vengeance. Il est important de rappeler aux partisans du repli identitaire qui s’apprêtent à célébrer bruyamment et en grande pompe l’an Un de l’accession de leur champion à la présidence que le plus fort d’aujourd’hui ne demeurera pas indéfiniment en position d’écraser tous les autres. Nul ne peut se maintenir éternellement au pouvoir. Un jour, le règne de Ouattara prendra fin. Et après lui, les Dioula sont-ils prêts à affronter le regard et la revanche des autres Ivoiriens contre lesquels la politique de rattrapage ethnique a été élaborée et mise en place ? Sont-ils amnésiques au point d’avoir oublié comment les Baoulé ont plus ou moins disparu du paysage lorsque Bédié a perdu le pouvoir ou comment les Bété se terrent depuis la chute de Gbagbo ?
Les graves dérives langagières et politiques du gouvernement mettent en danger le peu de cohésion sociale qui subsiste et hypothèquent l’avenir des populations qui aspirent enfin au progrès, à la paix et à la prospérité. Afin d’éviter les ravages d’une nouvelle poudrière identitaire plus meurtrière que celle que le pays vient de connaître, il est donc plus que temps que les Ivoiriens responsables refusent de se laisser instrumentaliser par des individus pernicieux, uniquement préoccupés par le bien-être de leur clan, et rejettent sans ménagement tous les partis politiques au sein desquels le repli ethnico-tribal n’est pas inlassablement combattu.
Abidjan, le 22 février 2012
Mamadou Koulibaly
Président de LIDER
Liberté et Démocratie pour la République
Wed, 22 Feb 2012 22:44:00 +0100
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