Qui a donc trompé qui dans l’affaire ? C’est comme un couple récent qui se trompe au lendemain de sa première intimité et dont chacun reproche à l’autre de s’être surestimé pour mieux avoir l’autre, tout en étant fortement embêté de reconnaitre son erreur et de prendre, enfin la bonne décision : celle d’arrêter les frais pour éviter de s’enfoncer dans des peines inutiles et une insatisfaction mortelle. Qui a trompé qui ? Le grand Ouattara, autrefois ADO, désormais Alassane Ouattara, bardé de diplômes qui rassurent les autres, illuminé d’un parcours par un parcours professionnel en tout point enviable, mais surtout, surtout, aillant « adopté toutes les caractéristiques et attitudes » qui font qu’on leur ressemble et les rassure, devait venir restaurer l’honneur perdu d’un pays en plein chaos, croulant sous les attaques de toutes sortes pourtant, dont les dirigeants en place depuis 10 ans, seraient seuls responsables d’une gestion à laquelle pourtant tout le monde a été associé. Le plus grand économiste d’Afrique, ce « technocrate policé, reconnu partout dans le monde », qui selon ses propres propos (cf. durant son débat avec Laurent Gbagbo entre les 2 tours), aurait « dirigé une centaine de pays à partir du FMI », cet ami africain des plus grands de ce monde, qu’il tutoie tous, sans exception, allait, en un tour de main redresser ce pays détruit par ces ivoiriens indignes d’en être président, « pendant que lui est là et s’ennuie ». Il fallait, pour un pays comme le nôtre, une figure qui sache « se tenir en leur compagnie », pour ne pas trancher, briser l’ordre établi, « empêcher de tourner en rond » ou « vouloir changer l’Afrique ou la nature de ses relations avec le nouvel ordre », un « vrai ami, qui leur ressemble en tout et par tout », pour montrer à nos pays, comment désormais, ils devaient être dirigés et qui d’entre nous pouvaient y avoir droit.
Peu importe qu’un « pays ne soit pas obligé d’être dirigé par un économiste ». Peu importe que son entourage contienne parmi les plus illettrés, incompétents, ou brutaux du pays. Peu importe les déclarations les plus malheureuses qui lui collent « aux basques » ou les amitiés locales encombrantes qui l’accompagnent et qui constituaient et constituent encore la source principale, si pas unique des nombreux problèmes qui minent le pays. Mais, non seulement, Ouattara est « trop fort », « unique, même », une vraie chance pour la Côte d’Ivoire, mais, il est l’élu des autres et donc ne devraient souffrir d’aucune opposition ou remise en cause par qui que ce soit. Alors, nous devions « taire les mesquineries nègres qui nous divisent » et applaudir « au couronnement de l’élu » ! Ainsi (passons les détails !), la Côte d’Ivoire lui fût offerte, comme de dû et « nous allions voir ce que nous allions voir. D’ailleurs, plus la campagne, que n’avait-il pas promis lui-même ? Tout et son contraire, pourtant ! Illusions, fanfaronnades, mirifiques en tous genre, jusqu’à faire croire à une nouvelle Côte d’Ivoire ! D’ailleurs, les autres n’étaient pas responsables de tous les maux infligés à notre pays, à son pays ? D’ailleurs, n’était-il pas la principale victime de la haine nationale, de l’exclusion institutionnalisée, de la fracture sociale rampante et des antagonismes ethnico-religieux qui plombaient notre pays depuis près de 2 décennies ? D’ailleurs, ne représentait-il pas, en définitive l’unique alternative, la dernière chance de notre pays de sortir du chaos et du sous-développement, pour rentrer dans le « monde civilisé » qu’il incarnait pour les nègres que nous étions et que nous restons malgré tout ? La Côte d’Ivoire ne pouvait pas avancer sans une telle « lumière », un tel « génie », avec un tel entregent, un carnet d’adresse à faire pâlir même le « grand Houphouët Boigny », qu’il allait effacer, d’ailleurs de nos mémoires ? Pouvions-nous faire sans ? Alors, certains on décider de faire avec et de lui suivre, de les suivre, lui et ses soutiens puissants qui ne pouvaient laisser ce « pays important » en des mains indignes de leurs attentes et de leur vision de ce que nous devions être.
Et voilà, voilà donc le grand Ouattara aux commandes de ce pays, de notre pays. Et voilà enfin la Côte d’Ivoire en des mains dignes d’elle ! Mais alors, pour quels résultats ? L’analyse, objectivement, ne devrait souffrir d’aucune contestation ni opposer quelques points de vue, car la situation est là, évidente, inévitablement inquiétante, malheureusement désespérante, cruellement pire qu’avant lui ! Hélas, mille fois hélas ! Mais pour qui ? Certainement et sans conteste pour les Ivoiriens, mais cela n’émeut point. Pour la nouvelle gouvernance internationale ou mondiale ? Assurément aussi et c’est là que c’est plus grave. Le modèle à du « plomb dans l’aile » et ne satisfait pas aux attentes énoncées, aux promesses largement publiées et au bonheur minimum qu’on devrait présenter pour défendre et gagner au moins du temps. Ouattara a bien du mal aux manettes de ce pays.
La démocratie promise s’oppose aux standards internationaux énoncés en la matière et s’incline devant la répression la plus violente que notre pays n’ait jamais connue. Critiquer Ouattara est considéré comme une insulte et mérite rien de moins que la prison ou même « la mort », selon les propos du secrétaire général de son parti. La presse qui s’oppose ose à peine dire ou décrire la réalité de ce qu’elle observe, au risque de voir ses locaux saccagés ou ses Les soutiens dénoncent du bout des lèvres, avec grande gêne et choc indicible. Les libertés ne sont valables que pour une clique. Les ONG bien-pensantes et les organisations internationales couvrant ces sujets ne savent plus quels moyens mettre en œuvre pour cacher les nombreux crimes, ou couvrir les criminels en représentation permanente sous les drapeaux d’une république qui n’y ressemble plus. Le PPTE a été offert, après avoir servi de moyen de chantage contre Laurent Gbagbo, de quotidien Ivoiriens reste désespérément déprimant et se dégrade chaque jour. Les morts s’accumulent de façon inexpliquée et on accumule les réunions pour donner de la matière à la seule compétence d’un régime manifestement pas au niveau des défis dont la source se trouve dans la haine qu’il propage et même promeut, la communication. On favorise un bal d’effet d’annonces, juste pour tenir en haleine des partisans de plus en plus impatients, mais rien de réel ne se produits. Quand il faut faire face à un enjeu fondamentale, les dépenses dépassent les budgets initiaux, la corruption s’insinuant, mais ne gênant personne, et on s’attarde sur le superficiel plutôt que sur le fond des défis. La réconciliation qui devrait accaparer la plus grande attention du grand technocrate policé est malmené à tous venants par n’importe quel responsable prétentieux et ambitieux, pour faire plaisir au maître, que disons-nous, au « nouveau roi de la république ». Rien n’est de trop pour encensé un personnage qui ne démontre pourtant aucun sens des intérêts immédiats d’un pays en proie à la guerre civile.
La paix promise se languit face à la montée des haines diverses et nombreuses. Et pourtant, selon les propos de son propre ministre de la culture, « la souffrance personnelle de Ouattara, ses humiliations personnelles représentent-elles grand-chose par rapport à la grande souffrance qui a frappé le peuple de Côte d’Ivoire tout entier ? »[1]. Le « vivre ensemble » s’efface devant la réalité démagogique et l’exclusion du « rattrapage » mise en œuvre par Ouattara lui-même. Tous les principes de bonne gouvernance sont violés au quotidien, dans les passations de marchés d’état et la corruption a atteint un niveau jamais imaginé dans le pays. Que reste-t-il des espérances promises et des promesses face à la grandiloquence et l’égo d’un personnage uniquement mû par le désir du pouvoir absolu et sans opposition. Ouattara proclame sans cesse et à la moindre occasion de s’exprimer sa volonté de construire un état de droit. A l’observation, l’évidence montre à voir une justice aux ordres, dirigée, uniquement destinée à réprimer les opposants et autres anciens responsables de l’état. Quand bien même, ses propres collaborateurs sont très nombreux à avoir participés à la gestion de l’état durant les 10 de gestion de Laurent Gbagbo. Faut-il y voir une volonté de protéger ses amis ? Poser la question, c’est certainement courroucer Ouattara et toucher à un tabou insupportable pour ce régime, tant les scandales qui touchent à ces personnes sont nombreux et encore bien plus graves que tout ce qui est reproché aux partisans du président Gbagbo. Et pourtant, la justice selon Ouattara refuse d’écouter toute raison et poursuit sa course effrénée contre tout ce qui se réclame de Laurent Gbagbo. Tantôt, on nous dit au notre pays est « incapable de juger les accusés de certains types de crimes » et la fois d’après, on estime qu’elle « en a les moyens ». Les opposants sont détenus sans accusations formelles, car les soupçons et suspicions suffisent, quand on n’est pas pro-Ouattara. Mais, quand les faits sont avérés contre des pro-Ouattara, les enquêtes « sont en cours », mais ne donnent jamais de résultats. Ou alors, face aux faits évidents, Ouattara préfère promouvoir les accusés. L’armée est divisée, multiple, désorganisée et minée par les suspicions en tous genres ! Mais le ministre de la défense (Ouattara ou Soro ???) s’évertue et se perd dans les réflexions devant conduire à sa réorganisation. On ne l’a pas encore réorganisé, mais on en change les tenues en fanfare pour faire la parade le jour de « l’indépendance ». Les contradictions s’accumulent, mais à chaque occasion de bilan, Ouattara nous décrit une « Côte d’Ivoire angélique, en chantier, avec des investisseurs tout plein qui défilent dans ses bureaux et les cabinets de ses 40+ ministres ».
L’énumération des échecs, des ratés, des « erreurs » (si on veut croire qu’ils ne font pas exprès !) et autres mensonges et fabrications, serait trop fastidieuse et demanderait certainement toute une encyclopédie. Cependant, face au désastre évident, face à perpétuation de la crise et l’approfondissement du chaos, malgré les effets d’annonces et les nombreux voyages médiatiques du roi Ouattara, a question s’impose de savoir qui a trompé qui, entre lui et ses soutiens ? Dans le prolongement de la question, il faudrait aussi s’interroger de savoir qui est responsable ? Enfin, il s’agit de voir comment cela sera arrêté et comment il sera mis fin à toutes ces escalades, tous ces excès tous ces dénis, tous ces abus, pour permettre à ce pays de véritablement retrouver la paix, ses populations un minimum de quiétude et son économie, de prendre le chemin d’une véritable reconstruction ? Le trompeur ou le cocu ? Nous, Ivoiriens, avons le droit de savoir. Car, il ne s’agit plus de se plaindre de Ouattara, de « son entêtement, de ses confusions, de ses promesses non tenues », pour répéter ce qu’en disent ses « collègues de la région », les ambassadeurs et autres chancelleries de la région. Tous ces agacements ne ramèneront pas la paix en Côte d’Ivoire, ni la sécurité, ni le développement, ni la réconciliation. Il faut qu’ils sortent des salons et des « ombres de la diplomatie » pour faire entendre raison à ces égarés et leur mentor, qui manifestement n’arrive pas à se départir de ses habitudes vindicatives d’opposant fabriqué pour une tâche au-dessus de ses forces les plus promotionnelles et justifiables par ailleurs, mais ô combien frêle face au marasme qu’il a lui-même préparé, pour finir par en être otage, comme il est bien celui des « forces qui l’ont porté au pouvoir » et dont les capacités de nuisance commencent à les détruire elles-mêmes. Car, en d’autres temps, face à tant d’incapacités, d’échecs, et d’entêtement, l’ordre mondial savait prendre ses responsabilités pour « faire croire qu’il sauvait un pays », comme il l’a fait croire d’ailleurs en 2011. Le cocu ne s’accommode jamais des tromperies de sa épouse, à moins de les lui autoriser et de les assumer !
La Côte d’Ivoire attend, impatiente, dans l’endurance et la conviction de ses idéaux profonds, mais attend de voir ! Avant de prendre son destin en mains !
Ba Bemba.
b[[1] In préface de « Côte d’Ivoire : Coup d’état e 1999 : la vérité enfin : » de Joachin Beugré, par Maurice Bandama, page 23. Les Éditions du CERAP, 2011.
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