« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Lu pour vous

Pauvreté à l’intérieur du pays: La mendicité se répand à Bouaké

On espérait un recul du phénomène avec la fin de la guerre en 2010. Mais bien au contraire, la mendicité gagne de plus en plus du terrain à Bouaké.
«Je ne pars pas d’ici. C’est ma place. C’est ici que je m’assois d’habitude, et tu veux me chasser. Vas-tu me donner à manger ?», s’emporte la vieille Maïmouna. La scène se passe le mardi 3 septembre devant un supermarché qui fait face à la gare ferroviaire de Bouaké. La mendiante est assise à même le sol. Il est huit heures du matin. Devant elle se trouve une cuvette contenant quelques piécettes d’argent. Une fillette, Aïcha,  est à ses côtés. L’objet de sa colère, c’est qu’un jeune homme chargé de la sécurité est venu pour la déguerpir des lieux. «Elle gène les clients. Je lui demande d’aller un peu plus loin, et elle refuse», nous explique le vigile. Mais la vieille dame n’entend pas s’exécuter…
Dans la capitale de la paix, les mendiants se retrouvent aujourd’hui à tous les coins de rue, et cela de jour comme de nuit.
Autre lieu, autre attitude. Au quartier  Centre Ivoire. Les soirs, les noceurs, très nombreux à cet endroit, sont constamment envahis par  les mendiants venus de  Saint Camille, un hôpital catholique. Il est spécialisé dans le traitement des maladies mentales. Une fois en convalescence, ces derniers arpentent les rues de la ville pour mendier. Il n’est pas rare de voir un individu vous aborder en ces termes : «Je suis de Saint Camille. Est-ce que vous pouvez me donner cent francs ?»  A ceux-là, il faut aussi adjoindre les malades de la lèpre venus de l’ex-centre de santé de Manikro (Raffierkro), fermé dès le début de la crise militaro-civile. Chaque matin, comme s’ils partaient au boulot, ceux-là convergent vers le centre-ville. Objectif : mendier. Depuis la fermeture du centre de santé, en 2002, il n’y a plus personne pour s’occuper d’eux. Handicapés, la seule opportunité qu’ils ont de se nourrir, c’est la mendicité.  Dans les gares routières, ce qui saute à l’œil, c’est la présence des enfants talibés et le phénomène des jumeaux. «Flani ba fô !». Entendez (en langue malinké) «les jumeaux vous saluent».  Cette forme de mendicité semble la plus répandue, d’autant qu’elle donne naissance au phénomène des enfants  dits ‘’faux jumeaux’’. Il n’est pas rare de voir des mères avec des enfants dans les rues qui ne sont en réalité pas  les leurs, mais supposés être des jumeaux. Les talibés, eux, viennent pour la plupart du campement d’Oliénou, situé sur la route de M’Bahiakro, ou des écoles coraniques. L’on dit également qu’ils sont en transit, en provenance des pays voisins.  Au centre social Bouaké-Koko, nous en avons rencontré trois : Ismaël Sidibé, Nouhoun Sidibé et Souleymane Sidibé. Ce sont des frères. Habillés en boubous nauséabonds, le torse frêle, apparemment amaigri par la faim, ils répondent difficilement à nos questions. Leur père serait malade. La mère sans grand revenu leur demanderait chaque matin d’aller dans la rue chercher la pitance de la famille. C’est ainsi qu’ils ont été recueillis au quartier Commerce par un responsable de l’Ong ‘’Association Jekawili’’ qui les a conduits au centre d’éducation spécialisé de Bouaké-Koko. Enfin, les sites les plus réputés, ce sont les mosquées de la ville. Les vendredis et les jours de fêtes musulmanes ou de cérémonies religieuses, les lieux de culte débordent de quémandeurs. A notre passage à la moquée centrale à Dougouba, aussi bien les entrées principales et secondaires que l’intérieur de la cour et les abords pullulaient de mendiants. C’est d’ailleurs dans cette mosquée qu’un ministre a été violenté et dépouillé. C’était le jour de la fête de ramadan en 2009. L’officiel, venu participer à la prière comme tout bon musulman, a été pris à partie par des mendiantes en pleine mosquée après le sermon de l’aïd-el-fitr. L’homme reconnu pour sa générosité légendaire a été sauvé grâce à la dextérité et à la promptitude avec laquelle sa garde rapprochée a réagi pour le tirer des mains de ces femmes. Mais il est reparti avec des poches déchirées.

Allah Kouamé à Bouaké
In 

Nord-Sud

Thu, 19 Sep 2013 22:23:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

3 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.