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Cheikh Anta DIOP
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Philippe Serey-Eiffel: Pourquoi le « blanc » d’Alassane Ouattara sera chargé des questions économiques et pas de « Grands travaux »?

Le chef de l’Etat a peutêtre voulu trop vite refermer la parenthèse des rumeurs qui enflaient depuis plusieurs semaines sur la gestion désastreuse du programme d’urgence présidentiel PPU. Trop vite sans doute, puisqu’il nous fait replonger dans les pires moments de la Françafrique, dans cette époque où les secrétaires, les directeurs de cabinet mais aussi les ministres étaient français. En effet, depuis quelques jours, Amadou Gon Coulibaly, l’un des ténors de la ouattarandie a vu son espace être grignoté par de nouveaux venus.
D’un côté Thierry Tanoh, fraîchement revenu de la banque panafricaine Ecobank où son lienciement a provoqué quelques grincements de dents et, le second, Philippe Serey-Effeil, petit fils du célèbre constructeur de la Tour Effeil et français bon teint. Les deux sont nommés à la présidence ivoirienne comme Secrétaires généraux adjoints avec rang protocolaire de ministre. Si Thierry Tanoh est la nouvelle surprise de la cour, il en est tout autrement de Philippe Effeil. Depuis l’arrivée de Ouattara au pouvoir, c’est en effet lui qui s’occupe de tous les dossiers économiques de la présidence. Qu’il s’agisse de grands travaux, de café-cacao, de sécurité…
Il n’a pas seulement son mot à dire. En fait c’est ce qu’il dit qui compte. Dans son rôle de conseiller, il était déjà en effet le vrai ministre de l’économie et des infrastructures économiques et n’hésite d’ailleurs jamais à faire convoquer un ministre pour qu’il s’explique. Les deux personnalités arrivent au secrétariat à la présidence au moment où des rumeurs de mauvaise gestion des fonds alloués au programme d’urgence enflent sans la moindre explication.
Certes L’Intelligent d’Abidjan,proche du régime, s’était fait l’échos d’une colère homérique de Ouattara contre son numéro deux mais pas plus. Certes, il ya un an, la dernière mission du FMI à Abidjan avait demandé la dissolution du PPU et le reversement des fonds qui lui sont alloués au budget de l’Etat. Mais cette consigne avait été ignorée par Ouattara. D’ailleurs, le coordonateur du projet PPU Touré Saïd a vigoureusement balayé les accusations de mauvaise gestion, indiquant que tout se passait bien.
« Je reviens d’Odienné et je vais bientôt aller dans plusieurs grandes villes pour voir s’il ya des difficultés comment les régler. » Pour lui, les 412 milliards ont été investis dans ces travaux, ce qui n’a pas l’air de convaincre ceux qui sont proches du dossier.
En tout état de cause, Ouattara n’a pas attendu longtemps,puisque le secrétaire général de la présidence ivoirienne, personnage incontournable de la ouattarandie, à la fois craint et haï, est désormais flanqué de deux gardes de corps. Mais la montée des deux personnalités très proches des milieux d’affaires français est une signature bien connue de l’Elysée qui contrôle généralement directement les économies de ses ex-colonies. Guillaume Soro n’avait, pour sa part, pas pu supporter ce système et encore moins le personnage Effeil qui décidait en fait de tous les choix économiques du pays. Or Philippe Effeil prend désormais officiellement le contrôle des fonds du PPU. Quant à Thierry Tanoh, les habitués de la ouattarandie le voient remplacer,dans les prochains mois, l’actuel premier ministre Daniel Kablan Duncan.
Mais la nomination de Philippe Effeil nous plonge surtout dans les pires moments de la Françafrique où des français occupaient des portefeuilles ministériels dans leurs ex-colonies. En raison de son long règne à la tête de la Côte d’Ivoire, le premier président en avait nommé toute une flopée : des ministres certes,mais aussi des secrétaires, véritables tours de contrôle, des DAF et un directeur de cabinet inusable, Guy-Nairey, ancien gouverneur de colonie.
A une époque où les compétences ne manquent plus en Afrique, cette nomination montre encore un peu plus le gouffre dans le lequel nous sommes tombés depuis ce 11 avril 2011.

In Aujourd’hui

Tue, 16 Sep 2014 04:09:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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