Un Ivoirien sur deux échappe toujours au miracle économique
Aujourd’hui, le quotidien de trop nombreux Ivoiriens semble échapper à cette embellie globale. Beaucoup de familles se contentent encore d’un unique repas par jour. Le chômage atteint des niveaux toujours élevés, autour de 25 %.
En ville, les hôpitaux publics pâtissent d’un manque de moyens et d’équipements. Malgré des aides publiques, les populations des zones rurales, quant à elles, se débattent au jour le jour pour assurer leurs besoins les plus élémentaires ; elles souffrent particulièrement d’un inégal accès aux services essentiels et de disparités entre hommes et femmes.
En 2014 déjà, la Banque mondiale relevait avec inquiétude que " la Côte d’Ivoire est confrontée à des taux de pauvreté inquiétants, surtout par rapport au potentiel énorme dont dispose le pays". Près d’un Ivoirien sur deux est ainsi considéré comme " pauvre", même si de nombreux habitants ont quitté la misère qu’ils ont connue sous le régime de Laurent Gbagbo de 2010 à 2011.
Certes, le taux de pauvreté, qui atteignait 48,9 % en 2008 et même 51 % en 2011, a été ramené à 46,3 % en 2015. Mais malgré les efforts entrepris par les autorités, " il y a de vrais exclus qui aujourd’hui sont identifiables", poursuivent les experts de la Banque mondiale.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a, pour sa part, classé la Côte d’Ivoire au 171e rang sur 187 pays dans le calcul de son indice de développement humain (IDH), établi notamment en prenant en compte l’accès à l’éducation ou à la santé, ou encore le niveau de revenus.
Si l’on peut trouver le PNUD un peu sévère, il n’en demeure pas moins que l’éducation et la santé apparaissent comme des priorités absolues, seules à même d’offrir un partage plus équitable des fruits de l’insolente croissance ivoirienne et de permettre une amélioration globale des conditions de vie.
Enfin, dans un pays où plus de sept habitants sur dix ont moins de 35 ans, la jeunesse est en attente de formations qualitatives, qui lui ouvrent les portes du marché du travail.
Les autorités au chevet d’une croissance plus inclusive
Autant de défis, dont l’urgence n’a pas échappé au président de l’Assemblée nationale ivoirienne et numéro 2 du pays, Guillaume Soro, qui n’a de cesse d’en appeler à une croissance inclusive, comme il l’a répété à plusieurs reprises lors de son allocution clôturant la deuxième session parlementaire de 2015.
Un Guillaume Soro qui a mis à profit ce moment solennel pour se féliciter de la ratification de plusieurs ordonnances par les parlementaires ivoiriens, une série de textes importants visant, selon lui, à introduire plusieurs " facteurs d’ordre économique au coeur du progrès social et de l’amélioration des conditions de vie des Ivoiriens".
Les mesures adoptées par l’Assemblée nationale ont plusieurs objectifs : généraliser l’usage des nouvelles technologies auprès de la population active, favoriser la mobilité des habitants d’Abidjan grâce à un nouveau réseau de transport ferroviaire urbain, ou encore encourager la création de vastes centres commerciaux, permettant " l’amélioration du choix des consommateurs, la promotion de l’agro-industrie (ou encore) la lutte contre la contrefaçon". De cette liste on retiendra surtout la création d’une Agence nationale pour l’insertion et l’emploi des jeunes, sobrement baptisée "Agence Emploi Jeunes".
Elle est destinée, selon le président de l’Assemblée nationale, à promouvoir " la création d’emplois durables, productifs et décents au profit des jeunes", qui constituent la véritable richesse en puissance de la Côte d’Ivoire.
En Côte d’Ivoire comme partout ailleurs, qui dit nouvelles mesures, dit argent. Le budget de l’année 2015 a ainsi consacré une série de dépenses, s’élevant à 1 716,4 milliards de francs CFA (près de 2,6 milliards d’euros), destinés à " renforcer les actions de reconstitution du tissu économique et d’amélioration des conditions de vie des populations".
Une hausse de près de 13 % par rapport à l’année précédente. Et ce mercredi 7 septembre, le gouvernement ivoirien s’est même permis le luxe d’augmenter le budget annuel de l’équivalent de 536 millions d’euros. Une "rallonge" inimaginable dans nos pays européens aux marges de manoeuvre restreintes, qui témoigne, s’il le fallait encore, de la bonne santé économique du pays.
Ces nouvelles ressources budgétaires seront consacrées aux investissements publics, une priorité des autorités ivoiriennes. 22 % du budget national sera par ailleurs alloué à l’éducation et à la formation, en hausse de 18 % par rapport à l’an passé.
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