On croyait avoir affaire à une rumeur persistante mais sans fondement, jusqu’à ce qu’il en parle, luimême, durant de sa visite d’Etat dans le District des savanes, nord du pays. En effet, au cours de son adresse aux populations de la localité de Kouto, le jeudi 4 juillet 2013, Alassane Dramane Ouattara a fait cette déclaration au sujet de son état de santé : «Chers parents, je suis venu Vous saluer pour vous dire que je suis en pleine forme et en bonne santé. C’est pourquoi, j’ai décidé de solliciter un deuxième mandat en 2015. Je sais qu’ici, Vous allez battre le record de M’Bengué qui était de 97% (…) ». Ces propos rapportés par les quotidiens proches du régime Ouattara, «L’Expression» et «Nord-Sud Quotidien» dans leurs éditions d’hier, remettent au goût du jour la question de la santé de l’actuel chef de l’Etat parvenu au pouvoir, le 11 avril 2011, dans des conditions anti-démocratiques après le renversement du Président Gbagbo par la coalition francoonusienne et la rébellion armée.
Né le 1er janvier 1942 et donc âgé aujourd’hui de 72 ans, M. Ouattara veut être élu en 2015. Pour cela, il a précipitamment et précocement annoncé sa candidature, violant ainsi une tradition convenue qui voudrait que le chef de l’Etat en fonction soit à la queue de ceux qui annoncent leur candidature au prochain scrutin présidentiel. Cela parce que justement il est en fonction et le peuple attend de lui qu’il réalise les promesses faites. A l’aune desquelles il pourrait être jugé en vue d’un éventuel nouveau mandat.
A notre connaissance, ni les populations de Kouto ni celles du nord dans leur ensemble n’ont dépêché des émissaires auprès de M. Ouattara pour s’enquérir de son état de santé. C’est donc surprenant que celui-ci tente de rassurer les uns et les autres sur son état de santé. Cette subite et curieuse profession de foi cache assurément quelque chose. Et incline à accréditer la thèse de l’existence d’anguilles sous la roche.
Dans sa lettre ouverte à l’ex-chef de la rébellion et actuel président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro Kigbafori, un document publié dans la presse le 5 juillet 2012, Damana Adia Pickass, ancien membre du bureau central de la Commission électorale indépendante (Cei), aujourd’hui en exil, a fait mention de révélations que Soro aurait faites à propos de l’état de santé de Ouattara. « (…) M. Guillaume Soro a fait des révélations très graves sur l’état de santé de M. Ouattara. Il fait circuler entre autres que M. Ouattara serait très malade et qu’il se pourrait qu’il n’aille pas jusqu’au terme de son mandat (…) », a écrit Damana Pickass. Des propos qui n’ont jamais été démentis par Guillaume Soro.
Par ailleurs, des sources proches du Rhdp évoquent l’état de santé qu’elles qualifient de précaire de l’actuel occupant du palais présidentiel d’Abidjan-Plateau. Selon ces sources, les innombrables voyages de M. Ouattara en France seraient également liés à des rendez-vous médicaux réguliers. Est-il effectivement malade ? Si oui, de quoi souffre-t-il ? Motus et bouche cousue face à ces questions que se posent de plus en plus nombre d’Ivoiriens. Puisqu’aucun communiqué n’est venu jusque-là du palais présidentiel pour éclairer l’opinion publique.
Visiblement, tout le monde n’a pas le courage politique de Laurent Gbagbo qui affirmait devant les caméras et les micros de la presse à l’aéroport d’Abidjan, de retour d’un séjour au royaume chérifien, qu’il s’était rendu au Maroc pour des soins médicaux.
Didier Depry in Notre Voie