« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Pour décapiter le Fpi : Ouattara instrumentalise la justice

Nous l’avions signifié dès le départ, lorsqu’Alassane Ouattara avait noyauté l’appareil judiciaire en plaçant ses hommes. Des hommes pour exécuter ses mots d’ordre d’«éradication» du Front populaire ivoirien (Fpi), le parti de Laurent Gbagbo qu’il ne veut pas voir reprendre du poil de la bête. Et depuis l’arrivée du Procureur de la République Simplice Kouadio, affirmant que les Frci étaient «des sauveurs de la République» et qu’on ne pouvait les inquiéter, la justice ivoirienne est devenue l’instrument de répression des pro-Gbagbo aux mains du pouvoir. On se rend compte que, pour un régime qui se dit promouvoir la démocratie et l’Etat de droit et vouloir la réconciliation, l’emprisonnement des militants du Fpi et des pro-Gbagbo est le seul programme de la justice. Comme si dans une crise aussi immense que celle que connaît la Côte d’Ivoire, un seul camp pouvait être fautif, Ouattara et sa justice s’obstinent à envoyer les partisans de Gbagbo en prison. Mais de plus en plus au regard de cette mascarade de justice, l’opinion rit de la justice ivoirienne et du régime. En envoyant en prison Alphonse Douati, Laurent Akoun et plusieurs autres militants du Fpi, «sous le prétexte générique de déstabilisation et d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de trouble à l’ordre public, de tentative de coups d’Etat», la justice ivoirienne est en train de se dévaloriser sur l’autel de la politique. Ouattara a réussi à tuer l’armée ivoirienne, qui n’est donc plus que l’ombre d’elle-même, avec des groupes rivaux, se regardant en chien de faïence, tels que sortis de l’ex-rébellion. Une armée qui, sans s’adosser aux soldats français et de l’Onu, ne peut sécuriser ses propres camps militaires, commissariats et autres postes. De même, la justice est désormais classée. Un pro-Gbagbo ne peut plus y aller, convaincu qu’il ne va devant une justice, mais à l’abattoir, face à une injustice qui ne cache rien de ses aberrations politiques. S’il n’y a donc plus de justice en Côte d’Ivoire, et que celle sur qui comptaient les Ivoiriens est devenue la chicotte aux mains de Ouattara pour réprimer ses opposants, sur quelle base va se faire la réconciliation ? Comment le justiciable peut-il être encouragé à y recourir lorsque cela est nécessaire ? L’instrumentalisation de la justice conduit à son contournement par la société qui ne croit plus en elle. Et cela est dangereux pour toute la société et non pour un seul camp. C’est pourquoi la justice ivoirienne doit se ressaisir en favorisant la réconciliation.

Germain Séhoué in Le Temps

Wed, 05 Sep 2012 21:45:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

3 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.