Alassane Ouattara, de retour des Etats-Unis dimanche, a annoncé devant les caméras du monde qu’il va engager des discussions avec le Front populaire ivoirien (FPI), le parti d’Affi Nguessan qu’il a mis en prison sans dire pourquoi. Il s’agira, selon lui, de parler avec Miaka et ses camarades qui assurent l’intérim à la tête du FPI, de leurs desiderata par rapport aux conditions minimales à réunir avant les élections législatives qui s’annoncent. Si l’Ivoirien moyen a été surpris par cette volte-face, l’homme ayant jusque-là bombé la poitrine, les spécialistes s’y attendaient et spéculaient sur la date de l’annonce.
C’est que, le bon fonctionnement de la justice, la restauration de l’Etat de droit, la remise en marche de l’Assemblée nationale et la place qui revient de droit à l’opposition sont les principales préoccupations de la communauté internationale, supporter principal de Ouattara, dans le soutien financier qu’elle entend apporter à la Côte d’Ivoire. «Tous ces milliards qui sont annoncés ici et là n’atterriront dans les caisses de l’Etat que si ces conditionnalités sont respectées», assure un expert du ministère des Finances. Un diplomate européen croit savoir de son côté que la pression est très forte actuellement sur les épaules de Ouattara qui, partout où il passe, est interpellé par ses hôtes qui ne comprennent pas qu’il veuille bâillonner son opposition. «Dans toutes les chancelleries, c’est le sentiment que nous avons. Que M. Ouattara veut travailler sans Assemblée nationale, sans partis d’opposition. Mais avec la dernière décision prise de ne pas tenir compte des problèmes soulevés par le FPI, il donne le sentiment qu’il veut une Assemblée nationale monocolore. Nous ne nous immisçons pas dans vos affaires intérieures mais ce n’est pas possible aujourd’hui. Si vous avez bien remarqué, c’est depuis les Etats-Unis qu’il a donné l’ordre à son directeur de cabinet de recevoir la direction du FPI».
Pour le diplomate qui sait de quoi il parle, dès que la direction du FPI a déposé sa demande d’audience, elle a été aussitôt programmée et reçue par Marcel Amon Tanoh. Il fallait que Ouattara donne un signal fort à ses hôtes qui l’attendent sur sa capacité à ouvrir le jeu démocratique qui reste pour le moment hermétiquement fermé. Selon un spécialiste, l’affaire est si sérieuse pour le pouvoir que l’homme fort d’Abidjan ne pouvait pas attendre longtemps avant d’annoncer lui-même la rencontre. Manière de calmer la colère de ses soutiens qui s’impatientent de plus en plus devant la lenteur avec laquelle le pouvoir fait avancer les choses. «Une fois de plus, nous venons de montrer qu’en Afrique, c’est à l’étranger que nous prenons les ordres. Pensez-vous sincèrement que l’on avait besoin d’attendre ces injonctions pour ouvrir les discussions ? Mais, je ne crois pas», assure le spécialiste.
Pour le Front populaire ivoirien qui a su pousser son pion sur le damier de la politique, il recueille ainsi les fruits de son audace et de son intelligence. Mettant ainsi mal à l’aise, les «militants» comme Eugène Allou qui ne voient pas la nécessité pour leur parti de poser des conditions pour aller aux élections dès l’instant où il a perdu la guerre que lui ont faite injustement la France et l’ONU. Nul doute que, aujourd’hui en position de force, Miaka et son complice Akoun mettront sur la table de négociations, le financement des partis politiques tel que reconnu par la loi ivoirienne et dont ont largement bénéficié Ouattara et son parti, le RDR, à hauteur de 800 millions de FCFA l’an. Ce, pendant au moins quatre bonnes années sous le pouvoir du démocrate parmi les démocrates : Laurent Gbagbo.
En lui faisant atrocement la guerre, Ouattara et ses soutiens extérieurs ont claironné partout qu’ils feront mieux que Laurent Gbagbo. Maintenant qu’ils sont parvenus à leur fin dans la douleur et le sang de nombre d’Ivoiriens, on attend avec impatience qu’ils montrent leur génie créateur. Pour le moment en tout cas, on n’a vu qu’un génie destructeur et tueur. Et c’est bien dommage !
Avs in Notre Voie