Un grand observateur du fonctionnement des systèmes politiques a dû conclure que tous les détenteurs du pouvoir d’Etat ont la commune caractéristique de tout mettre en oeuvre, non seulement pour l’entretenir, mais surtout pour le conserver le plus longtemps possible. Peu importe alors qu’ils soient démocrates ou dictateurs.
Toutefois, dès lors qu’on scrute à fond les différents contextes, démocraties et dictatures s’éloignent les unes des autres par la nature des cultures et des consciences populaires qu’elles autorisent et qu’elles développent. Alors que les démocraties se préoccupent essentiellement d’apporter des solutions concrètes aux problèmes effectifs des populations, les dictatures quant à elles, alimentent sans cesse les craintes et les peurs ; elles procèdent par l’intimidation et voire souvent par la violence. Dans certains cas, il peut s’agir de violences perpétrées par l’Etat lui-même, sous prétexte de garantir l’ordre, la sécurité et la paix ; dans bien d’autres, les exactions sont le fait de structures parallèles au service de l’Etat, utilisées comme instruments de pression. Dans tous les cas, ces instruments, ces moyens et agissements ont des fonctions bien précises :
Garantir un semblant de stabilité au régime
Offrir au régime une légitimité forcée, par l’étouffement et la répression de toute insubordination. Tant qu’ils leur sont utiles, ces moyens de pression et d’intimidation sont les couteaux précieux et indispensables dont se servent les régimes, pour s’imposer aux masses apeurées, aux adversaires affaiblis et résignés.
Malheureusement, c’est par ces mêmes couteaux que les régimes périssent ; s’ils ne se retournent pas contre eux, d’une façon ou d’une autre, ils contribuent à dégrader et à altérer irrémédiablement la stabilité et la légitimité qu’ils leur ont garanties. Les effets peuvent être lents, tardifs et timides ; mais ils sont inévitables. N’est-ce pas par l’armée, le couteau que le président Houphouët ne voulut pas jeter, qu’arriva la plus ignoble hypothèque de son héritage politique ? N’est-elle pas la FESCI, couteau chérit par le Président Gbagbo, l’une des plus ignobles gangrènes de la Refondation ayant érodé sa légitimité ?
Président Ouattara, des Dozos, éléments supplétifs de l’armée, et même des éléments insoumis des FRCI, couteaux hier à vous précieux, pourraient constituer très tôt déjà, des effets boomerang. Attention !
Le contexte s’y prête à merveille ; quoiqu’on dise, au manque déplorable de la conscience républicaine est venue s’ajouter la culture de la violence comme moyen d’expression politique.
Christian Félix Tapé