Cette envie de changement, les Français n’ont pas été les seuls à la souhaiter. En effet, nombreux sont les Africains las de la sempiternelle fatalité de la Françafrique, qui nourrissent l’espoir de voir enfin les relations entre l’ancienne puissance coloniale et son pré-carré évoluer vers plus de maturité, c’est-à-dire s’émanciper du modèle paternaliste.
D’autres, beaucoup plus terre à terre, ont sûrement jubilé à l’annonce des 51,8% des suffrages exprimés en faveur du candidat de la gauche, espérant qu’avec les socialistes, les portes de la France seront plus grandes ouvertes. Finies, espèrent-ils, les tracasseries et autres humiliations pour les demandeurs de visas ; et pourquoi pas, régularisation en masse des sans-papiers. Et grosse cerise sur le gâteau, le droit de vote des étrangers remplissant certaines conditions.
Bref, il ne coûte rien de rêver même s’il risque d’y avoir loin du rêve à la réalité, car la question de l’immigration reste très sensible en ces temps de crise.
François Hollande l’a bien compris quand durant la campagne, parlant de la question récurrente de l’immigration, il a affirmé vouloir limiter « l’immigration économique », imaginant même le concept de « l’immigration intelligente » pas si éloigné, avouons-le de « l’immigration choisie » si chère à son prédécesseur Sarkozy.
N’oublions pas que c’est un éléphant du parti socialiste, l’honorable Michel Rocard, qui fut le premier à déclarer que « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Nous, Africains, aurions tort de croire que celui qui prendra possession de l’Elysée le 15 mai prochain pense autrement.
Rappelons aussi que c’est sous la présidence de François Mitterrand que le Front national de Jean Marie Le Pen a franchi la barre des 10%, s’offrant même le luxe d’avoir quelques députés au palais Bourbon.
En fin politique, François Hollande doit certainement savoir que dans ce domaine ô combien sensible, s’il faisait preuve de laxisme, c’est le FN qui engrangerait les dividendes. Et de ce point de vue, s’il y a un leader qui a applaudi à son élection, c’est bien Marine qui souhaite le voir tomber dans le panneau.
Et comme semble-t-il le nouveau président n’est pas homme à prêter le flanc, il faut croire que le « changement maintenant » en matière d’immigration risque fort de ne pas être aussi spectaculaire que nous autres, Africains, l’aurions souhaité.
H. Marie Ouédraogo — L’Observateur Paalga
Tue, 08 May 2012 14:44:00 +0200
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