« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Présidentielle : Sarkozy divise la classe politique ivoirienne

L’élection présidentielle en France ne laisse pas indifférents les Ivoiriens, particulièrement la classe politique divisée entre pro et anti Nicolas Sarkozy, le président sortant, arrivé deuxième dimanche derrière François Hollande à l’issue du premier tour.

Ancienne colonie française, la Côte d’Ivoire a maintenu des relations privilégies avec son ex-métropole qui demeure un de ses principaux fournisseurs et clients.

Mais, c’est surtout l’intervention décisive de l’armée française pour permettre l’arrestation de Laurent Gbagbo et installer Alassane Ouattara au pouvoir après les meurtriers affrontements post-électoraux de novembre 2010 qui façonne le regard des Ivoiriens sur l’élection présidentielle en France.

Ce regard est bien évidemment différent selon que l’on est proche du camp Ouattara ou que l’on est militant du Front populaire ivoirien (FPI) ou sympathisant du président déchu Laurent Gbagbo.

Pour ou contre Sarkozy?

Le Rassemblement des Républicains (RDR) et ses alliés du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), partisans d’Alassane Ouattara, sont sans réserve pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Le RDR, parti d’Alassane Ouattara, a signé le 14 avril à Paris avec l’UMP de Nicolas Sarkozy un "accord de coopération et d’amitié". Les deux présidents se targuent d’être des amis intimes de longue date et le pouvoir à Abidjan voit d’un mauvais œil une défaite de M. Sarkozy qui signifierait la perte d’un soutien de taille à l’Elysée.

"Si Sarkozy tombe, nous n’aurons plus les mêmes relations avec les nouvelles autorités françaises. Nous n’aurons plus droit à un certain nombre de privilèges que nous avons avec Sarkozy en terme d’appui auprès des institutions internationales, des entreprises françaises, au plan de la sécurité", fait savoir un militant du parti de M. Ouattara. En face, les partisans de Laurent Gbagbo ne jurent que par la défaite de M. Sarkozy considéré comme leur "principal ennemi". "Nous souhaitons que Sarkozy perde les élections parce qu’il s’est présenté comme notre principal ennemi", soutient un responsable du FPI, Raymond Abouo N’Dori.

"Moi, je ne comprends pas pourquoi les partisans de Gbagbo voient en François Hollande un sauveur", s’interroge un enseignant qui relève que le Parti socialiste français avait demandé, au plus fort de la crise post-électorale, l’exclusion du FPI de l’Internationale socialiste et ne s’était point opposé aux bombardements qui ont entraîné la chute de Gbagbo.

"Nous n’avons pas de raisons objectives de pavoiser sur l’arrivée des socialistes au pouvoir puisqu’ils ne nous ont jamais soutenu mais, entre deux maux, il faut choisir le moindre mal. Hollande représente le moindre mal pour nous", tranche Abouo N’dori. Pour de nombreux Ivoiriens, la réélection ou non de Sarkozy ne changera rien à la politique africaine de la France.

Hollande et Sakozy? Blanc bonnet et bonnet blanc

"La politique reste la politique, je ne vois pas ce que Hollande fera de spécial au niveau des accords de coopération entre la France et ses colonies d’Afrique", se demande Habib, un couturier. "Sarkozy ou Hollande, la politique de la France vis-à-vis de la Côte d’Ivoire ne changera pas d’un iota, la France n’a pas d’amis en Afrique mais plutôt des intérêts", estime Joël Bouabré, fonctionnaire de son Etat.

Pour le politologue Maurice Fahé, les Ivoiriens ont des raisons de ne pas être indifférents à ce qui se joue en France même s’il pense qu’un changement de président ne bouleverserait pas les rapports entre la France et la Côte d’Ivoire.

"La pratique a montré que, que ce soit un gouvernement de gauche ou un gouvernement de droite, la politique africaine de la France restait toujours la même", affirme-t-il. Le politique indique toutefois qu’il peut se produire des "changements à la marge" liés à la personnalité du chef de l’exécutif français ou à son appartenance idéologique. "Si François Hollande venait à être élu président de la France, cela ne changerait pas grand-chose, sauf la proximité avec le président ivoirien et peut-être certains engagements personnels de M. Sarkozy en Côte d’Ivoire", explique-t-il.

"Après tout, la Côte d’Ivoire, comme l’Afrique, n’est qu’un sous-thème dans la présidentielle française, son sort étant depuis longtemps réglé par les accords de coopération, les traités monétaires et la pratique économique, politique et diplomatique", conclut le politologue.

Xinhua

Wed, 25 Apr 2012 21:07:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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